2016-05-25 (art) Libération • Bernard Ripert • L’avocat d’Action directe interné d’office pendant deux nuits

• Pour citer le présent article : http://goo.gl/ZrQgdP ou http://psychiatrie.crpa.asso.fr/556

Document du mercredi 25 mai 2016
Article mis à jour le 3 juin 2016
par  A.B.

Note liminaire

Notre association donne écho à la médiatisation de cet internement abusif de deux jours qui nous semble bien marquer le genre de dérives auxquelles prêtent lieu les hospitalisations psychiatriques sans consentement.

Libération 25 mai 2016 - (Grenoble) Bernard Ripert, l’avocat d’Action directe interné d’office pendant deux nuits

Par François Carrel, à Grenoble et Jean-Manuel Escarnot, à Toulouse — 25 mai 2016 à 21:31

Source (Libération) : http://www.liberation.fr/france/201…

Le défenseur du groupe terroriste d’extrême gauche, qui avait été placé lundi en hôpital psychiatrique sous la contrainte, a finalement été libéré mercredi soir sur décision du préfet. Ses proches dénoncent la vendetta d’un procureur de Grenoble.
 

L’avocat grenoblois Bernard Ripert, 65 ans n’aura pas passé une troisième nuit en hôpital psychiatrique. Le préfet de Savoie a signé mercredi soir la levée de son hospitalisation sous contrainte, en s’appuyant « sur deux avis psychiatriques concordants », a précisé l’un des avocats de Bernard Ripert, Laurent Pascal.

Défenseur d’Action directe, des complices de Carlos et d’Antonio Ferrara, le pénaliste grenoblois, connu pour sa verve insolente et son goût pour la provocation, avait été interné sous la contrainte lundi soir au centre hospitalier de Saint-Egrève (Isère), puis transféré mardi à l’hôpital psychiatrique de Bassens (Savoie), proche de son domicile, où il avait entamé une grève de la faim, selon un autre de ses avocats, Ronald Gallo.

Le ténor du barreau grenoblois avait été interpellé lundi à son domicile de Détrier, en Savoie, sur réquisition du procureur de la République de Grenoble. Il ne s’était en effet pas présenté à une convocation à l’hôtel de police dans le cadre d’une procédure pour « menaces ou actes d’intimidation envers un magistrat ». L’interpellation a été rude : face à son refus d’obtempérer, les forces de l’ordre ont menotté l’avocat avant de le conduire à l’hôtel de police de Grenoble, où il a été placé en garde à vue. « Une dizaine de policiers ont déboulé à notre domicile de Détrier. Une voiture de police bloquait la rue. C’était impressionnant. Hors de proportion. Ils sont allés dans notre chambre et ils l’ont embarqué menotté dans leur voiture », raconte Rose-Marie, l’épouse de Bernard Ripert.

Dans la journée de lundi, l’état de santé de l’avocat - tension élevée - avait nécessité son hospitalisation au CHU de Grenoble, où il a été examiné par un psychiatre à la demande du procureur de la République. D’après ce dernier, le psychiatre a « estimé que M. Ripert était une personne présentant des troubles mentaux qui nécessitaient son placement sous contrainte en hôpital psychiatrique. Je considère, au vu des éléments du dossier, qu’il représente potentiellement un danger pour lui-même et les autres »,a-t-il déclaré au Dauphiné libéré.
 

Guerre ouverte

C’est néanmoins le préfet qui peut ordonner, selon la loi, une telle « admission en soins sans consentement », sur avis de l’expert psychiatrique. De fait, la garde à vue de Me Bernard Ripert a été levée lundi soir afin de permettre cette hospitalisation. Ce que dénonce Ronald Gallo, pour qui la teneur du bilan psychiatrique invoquée dans l’arrêté préfectoral apparaît très contestable.

Ripert avait été suspendu quatre mois en février, accusé d’entorses à la déontologie de sa profession. Il aurait notamment eu des propos fleuris à l’encontre de confrères ou d’un directeur de prison. Le conseil régional de discipline l’avait néanmoins relaxé le 9 mai. Mais le parquet avait fait appel, prolongeant ainsi sa suspension. Dans un contexte de guerre ouverte entre le conseil et quelques magistrats grenoblois, une audience sur le fond a été fixée au 2 juin, avec en ligne de mire la radiation de Me Bernard Ripert.

Les avocats de Grenoble ont très vigoureusement réagi au traitement réservé à leur confrère. Leur conseil de l’ordre a en effet exprimé sa « sidération devant les conditions d’arrestation » de Bernard Ripert, dénoncé « les moyens judiciaires exceptionnels et disproportionnés mis en œuvre » et « une volonté manifeste d’anéantissement personnel et professionnel d’un avocat ». Une centaine d’entre eux se sont réunis en robe, mardi à Grenoble, pour exprimer leur soutien et protester contre « un contexte de dégradation massive des relations entre l’institution judiciaire grenobloise et les avocats ».

De Me Ripert, sa consœur Marie-Christine Etelin, elle aussi avocate des membres d’Action directe, dit que « ce n’est pas un avocat qui se couche ». Mais « un avocat qui s’engueule avec un procureur, c’est classique », souligne-t-elle aussitôt, pour mieux dénoncer le traitement qui lui a été infligé. « Il a assuré la défense d’Action directe en 1987 et 1994, dans les deux procès à Paris devant la cour spéciale. Son internement en psychiatrie est un nouvel épisode du harcèlement contre cet avocat qui a toujours défendu des militants politiques selon leurs convictions », a réagi de son côté Jean-Marc Rouillan, l’ancien leader d’Action directe.
 

« Radiation »

Que reproche l’institution judiciaire à Me Ripert ? Le 13 mai, au palais de justice de Grenoble, il aurait dévisagé l’un des juges ayant signé sa suspension. C’est ce « regard », perçu comme menaçant, qui a justifié l’ouverture de la procédure pour « intimidation envers un magistrat ». Me Gallo s’insurge : son confrère « n’a commis aucun acte d’intimidation… Accorder à un regard une valeur d’intimidation, c’est la démonstration d’un délire paranoïaque de l’institution judiciaire ! » Même indignation de la part de son épouse : « C’est écœurant. Hallucinant. Ce sont des pratiques d’une autre époque. Il est en conflit avec un procureur de Grenoble. Ce dernier a fait de sa radiation une affaire personnelle. »

Me Ronald Gallo se dit déterminé à obtenir gain de cause le plus rapidement possible : « A travers le cas Ripert, c’est un débat plus large et grave qui est posé aujourd’hui. En défendant Ripert, je me défends, je défends Éric Dupond-Moretti et tous les confrères qui, un jour ou l’autre, sur un dossier, choisissent de manifester leur indignation de manière véhémente. » Mercredi soir, des rassemblements de soutien à Bernard Ripert ont été organisés à Grenoble et à Chambéry. Peu de temps après, Bernard Ripert est sorti du centre hospitalier spécialisé de Bassens. Libre… et plus remonté que jamais.


Libération, 2 juin 2016 - A la barre - Interné d’office, Me Ripert dénonce un "traitement inhumain"

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2016-06-02 Libération - Cour d’appel de Grenoble, aff. Me Bernard Ripert.

Lien (Libération) : http://www.liberation.fr/france/201…

Sur les suites de l’affaire de l’internement d’office, de Me Bernard Ripert, avocat au Barreau de Grenoble, cet article de Libération en pièce jointe.
 
 



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