2013-12-09 (art/oru) Les Groupes d’entraide mutuelle (GEM) et leur parrainage • Une lettre de l’Union nationale GEM-France à la Ministre de la santé

• Pour citer le présent article : http://goo.gl/LXgyW1 ou http://psychiatrie.crpa.asso.fr/397

Document du lundi 9 décembre 2013
Article mis à jour le 10 février 2015

Cette lettre, de la Présidente de l’Union Nationale GEM-France, illustre certaines dérives auxquelles on peut assister en ce qui concerne les Groupes d’entraide mutuelle (GEM), dispositif d’entraide entre patients et anciens patients psy. créé en 2006 et, depuis, passablement détourné de son objet et de sa finalité, par bien des institutions.

Page de Wikipedia sur les GEM : https://fr.wikipedia.org/wiki/Group…

Auteurs : A.B. - H.F.


Union Nationale GEM-France

Source : http://gemfrance.forumactif.com/t29…
 

Marseille le 09/12/2013.
 

à Madame Marisol TOURRAINE Ministre de la Santé

à Madame Marie-Arlette CARLOTTI, Ministre Déléguée au Handicap et à l’Exclusion,

OBJET : Les Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM) et leur parrainage.
 

Madame la Ministre,

Madame la Ministre Déléguée,
 

Il devient absolument indispensable de clarifier la notion de « parrain » dans l’arrêté de juillet 2011 portant cahier des charges des GEM.

En effet de nombreux cas de conflits d’intérêts nous sont soumis depuis 4 ans par les adhérents de GEM dont la gestion est assurée par différents organismes professionnels « parrains » amenant des difficultés sérieuses au bon fonctionnement du GEM et du malaise parmi les personnes bénéficiaires du dispositif et les salariés animateurs.

Il est urgent de définir clairement deux rôles et deux fonctions :

  • la gestion financière :
    Elle doit être assumée en collaboration entre l’association d’usagers et le « gestionnaire » sur un contrat d’un an renouvelable définissant précisément les missions confiées par le mandataire « client » de l’organisme avec lequel il s’engage.
    Le gestionnaire ne doit pas être l’employeur des animateurs travaillant dans le GEM.
  • le parrainage qui doit être assuré comme outil de médiation, de conseil, d’aide associative et assumé par une personne morale différente, et plus utilement, choisie parmi les Associations de pairs en capacité de partager l’expérience du terrain. Il concourt également, de sa place, à l’autonomie du GEM.

Comment en effet gérer un conflit entre l’Association et le gestionnaire, entre l’association et le personnel salarié, lorsqu’une seule personne morale exerce à la fois tous les rôles : gestionnaire — employeur — parrain, auquel le GEM est assujetti ?

C’est une question de pragmatisme et de bon sens.

Les ARS en la matière ne sont pas d’un grand secours.

Une difficulté consiste en ce qu’elles ne partagent pas la même culture sur l’étendue du territoire, et que, de surcroît, leur mission n’est pas clairement définie dans le cahier des charges.

Ajouté à cela que c’est sur une simple enquête papier que se joue l’appréciation de bonne ou de moins bonne situation des GEM.

Ce qui implique pour les ARS de privilégier le travail de relation de proximité avec des personnalités connues, représentant des organismes partenaires, sans que le regard soit prioritairement posé sur les principaux bénéficiaires de ce dispositif : les usagers !

Les GEM n’ont pas été créés pour être un complément d’offres de services que pourraient proposer des structures professionnelles ou professionnalisées gérant le handicap psychique.

Ils l’ont été pour que les usagers en soient non seulement les bénéficiaires mais les acteurs, les responsables, et parviennent à les gérer et les administrer en toute autonomie, avec l’aide au besoin, de prestataires de services dûment conventionnés.

Aujourd’hui nous vivons des situations paradoxales très conflictuelles.

Ainsi les subventions versées, comme il se doit depuis 2012, par les ARS sur les comptes des Associations d’ usagers des GEM, sont-elles récupérées, virées sur le compte du « parrain » qui en use selon ses choix de gestion.

S’instaure un régime de tutelle sur les GEM à partir de conventions dont les clauses sont trop souvent potestatives en contradiction avec le cahier des charges , cette situation renforcée par le fait que le « parrain » soit également l’employeur des salariés travaillant au GEM.

Nous avons pu constater lors d’une de nos interventions en Régions que des GEM étaient passé des mains de l’organisation nationale qui les avait créés à celles d’un organisme mutualiste sans consultation des adhérents, cédés sans plus de formalité !

Les Associations d’usagers créées alors à la hâte pour permettre le versement des subventions ne gérant, elles, que la caisse des cafés.

Toute situation paradoxale permettant que les intérêts des uns soient contradictoires avec ceux des autres crée du conflit et peut être à l’origine de maltraitance.

Nous mettons là l’accent sur une spécificité de notre pays où dans les discours et dans les lois les usagers sont dotés de droits citoyens, de prérogatives d’interventions dans l’organisation des dispositifs de soins et de santé, et seraient, dit-on, devenus acteurs de leurs parcours de vie, alors que, plus encore que de ne pas leur donner les moyens d’en user, on les empêche subtilement de les mettre en œuvre, les cantonnant au rôle de figurants.

Référons-nous à la représentation des usagers telle qu’elle est pratiquée officiellement depuis 10 ans au niveau politique, dans les instances dirigeantes de notre pays :

  • une seule entité, choisie ensemble par les familles et les psychiatres, cooptée par eux comme nous représentant idéalement excluant ainsi de fait la diversité de nos mouvements et de nos sensibilités d’usagers face à la psychiatrie, à nos besoins spécifiques, qui sont à la fois sanitaires et juridiques.

Il nous faut sortir de cette impasse où les usagers sont confinés comme dans une camisole sociale, il est indispensable de travailler avec l’ensemble des Associations d’usagers.

Nous savons mieux que quiconque ce qui nous est utile, ce qui permettrait de déstigmatiser les maladies mentales et les malades, nous connaissons nos besoins et savons les exprimer.

À ce titre l’exemple fourni par la situation des GEM est flagrante :

  • 80% ont été créés et sont encore gérés par des professionnels. A l’origine le concept prétendait exclure ce dispositif du très classique système médico-social, en faisant une création originale à l’exemple de nos pairs Canadiens, Anglais, sur la devise « rien pour nous sans nous « .

Il est grand temps de se préoccuper de mettre en adéquation les discours la loi et la réalité du terrain.

En espérant que nous y parvenions nous comptons sur vous pour nous y aider.

Il est indiscutable que les Groupes d’Entraide Mutuelle sont en capacité d’apporter une meilleure qualité de vie aux personnes en situation de handicap psychiques à condition que soient réunies les bonnes conditions indispensables à en procurer le principal bénéfice à leurs destinataires.

Nous parlons de « recovery » d’ « empowerment « de « réhabilitation « de « pairs aidant « ne faisons pas qu’en parler développons ces concepts avec les usagers.
Notons au passage que la plupart des congrès, colloques et autres évènements organisés par la psychiatrie ne prévoient pas de fonds permettant d’assurer gratuitement la présence d’ usagers représentatifs, alors que nous sommes les sujets de toutes ces rencontres.

Bien respectueusement.

Maïté ARTHUR, Présidente de l’Union nationle GEM-France.



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