2013-08-27 (tem/orp) Lettre ouverte à la Ministre des affaires sociales et de la santé d’un infirmier travaillant en psychiatrie au Groupe hospitalier Paul-Guiraud-Villejuif

• Pour citer le présent article : http://goo.gl/gK7478 ou http://psychiatrie.crpa.asso.fr/373

Document du mardi 27 août 2013
Article mis à jour le 10 février 2015

Source (journal en ligne : 94.Citoyens) : http://94.citoyens.com/2013/deux-re…

Cf. notre rubrique : tem : Témoignages


Madame la ministre,

Le 27 août 2013.

Vous ne me connaissez pas, je m’appelle Joël Volson et je suis représentant du personnel au CHSCT du groupe hospitalier Paul-Guiraud situé à Villejuif dans le Val de Marne.

J’imagine que cette première phrase vous donne envie d’interrompre cette lecture car vous vous attendez certainement à subir un discours syndical sur les difficultés que rencontre mon établissement.

Mais je vous en prie, acceptez d’aller plus loin et de lire ce qui suit car ce n’est pas tant le syndicaliste madame la ministre, qui s’adresse à vous que l’infirmier, l’homme, voire le citoyen.

Je voudrais juste vous faire le récit de la visite que je viens de rendre ce jour dans mon établissement, au service de psychiatrie Henri Colin qui est la plus ancienne des Unités pour Malades Difficiles (UMD) de notre pays et plus exactement au pavillon 36, lequel accueille exclusivement des femmes.

Voici madame ce que j’ai constaté ce vendredi 23 août dans cette unité de soins :
Les 12 patientes hospitalisées sont restées 22 H 30 enfermées dans leurs chambres, et n’ont donc eu droit qu’à deux fois 45 minutes hors de celles-ci, ce qui n’est évidemment pas la règle dans cette unité.

Les repas qu’elles prennent traditionnellement dans la salle à manger collective ont été servis en chambre.

Les entretiens médicaux pourtant programmés ont été annulés. Il en fut de même concernant les entretiens infirmiers et ceux prévus avec l’assistante sociale .
L’ergothérapeute non plus n’a pas été en mesure de les accueillir. Les activités quotidiennement proposées aux patientes, comme le chant, le sport et autres activités ludiques ont été annulées.

Les communications téléphoniques qu’elles peuvent en général recevoir de leurs proches ont été suspendues.

Alors que je m’entretenais avec l’équipe soignante afin de comprendre la raison de cette situation anormale, deux collègues se sont levés et m’ont expliqué qu’ils devaient se rendre dans la chambre d’une des patientes de l’unité - pour laquelle un enfermement dans sa chambre aussi prolongé provoque une crise d’angoisse massive - Ils sont donc allés lui donner un traitement sédatif puissant qui n’est pourtant prescrit qu’ en cas de besoin. Ce vendredi cette patiente aura été maintenue dans sa chambre pendant 24 heures…

Voici donc madame la ministre quelle fut cette journée pour les 12 patientes de cette unité 36 du service Henri Colin, qui faut-il le rappeler est une unité de soins et non une prison !

Vous trouvez cela inhumain n’est-ce pas, et j’imagine que ce récit incroyable vous fait tressaillir et considérer que nous sommes là en présence d’une maltraitance caractérisée.

Vous avez raison, il s’agit bien d’une maltraitance qui se déroule en 2013 dans un service hospitalier de psychiatrie d’un des principaux hôpitaux psychiatriques de la région parisienne.

Souffrez donc madame que je vous éclaire sur les causes de celle-ci et vous invite à rechercher avec moi les raisons d’une telle situation.

Autant vous préciser tout de suite que le personnel paramédical et les médecins ne sont évidemment pas responsables de cela et qu’ils souffrent et subissent eux aussi cette situation scandaleuse.

D’où vient cette situation et qui en est responsable ?

La situation que je vous ai décrite est due au fait que l’effectif minimum de sécurité (3 infirmiers et 2 aides soignants) tel qu’il a été défini conjointement par la direction de l’établissement et le médecin-chef de pôle n’était pas assuré aujourd’hui, et c’est évidemment ce qui a contraint mes collègues, pour des raisons de sécurité, à ne pas pouvoir assurer les soins prescrits.

Je vous laisse imaginer combien une journée pareille et combien ces privations, peuvent être source de souffrance pour des femmes dont les troubles psychiques sont en général très importants.

Sans doute vous rassurerez-vous en considérant qu’il s’agit là d’une situation certes inacceptable mais exceptionnelle.

J’ai voulu le croire moi aussi, mais au regardant quels avaient été les effectifs en août dans cette unité, j’ai pu apprendre avec effarement que la même situation s’était déjà produite le 2 août après midi, le 5 août du matin le 10 août toute la journée, le 14 août du matin, le 16 août du matin, le 17 août du matin, le 21 août d’après midi et que si rien n’est entrepris d’ici là, le WE à venir des 24 et 25 août, les 12 patientes auront à subir le même sort.

Madame la ministre, l’établissement Paul-Guiraud a récemment fait parler de lui dans la presse, du fait d’un conflit social déclenché par une décision aussi subite qu’arbitraire du directeur qui par une note de service publiée le 16 juillet dernier a mis un terme brutal au remplacement du personnel manquant.

Il en résulte dans l’ensemble de l’établissement une désorganisation totale induisant la multiplication de situations périlleuses, lesquelles nous font craindre chaque jour rt chaque nuit, la survenue d’incidents graves mettant en danger la santé et la sécurité des agents comme celle des patients.

Le Directeur pourtant saisi par de nombreux droit d’alerte nie farouchement l’existence d’un tel danger, au point même de s’opposer à une enquête votée par le CHSCT (Comité d’hygiène et de sécurité de l’établissement) le 2 août dernier.

Alors madame la Ministre je me permets de faire appel à vous afin que vous fassiez cesser ce risque, ces graves dysfonctionnements et la maltraitance qu’ils induisent.

Je ne peux pas imaginer qu’une situation budgétaire difficile, que le directeur met en avant pour justifier les mesures prises, puisse conduire à ce que nous traitions ainsi les patients qui nous sont confiés.

Je veux croire, madame que vous ne serez pas insensible à ce récit et je vous prie, dans l’attente impatiente de votre intervention, d’agréer mes salutations respectueuses.

Joël Volson, infirmier et membre du CHSCT du Goupe hospitalier Paul-Guiraud



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