2015-01-23 (tem) À propos de la traque psychiatrique subie par M. Jean-Louis Caccomo, professeur de sciences économiques

• Pour citer le présent article : http://goo.gl/lrpvIC ou http://psychiatrie.crpa.asso.fr/482

Document du vendredi 23 janvier 2015
Article mis à jour le 31 décembre 2019

tem : Témoignages

Cette affaire d’internement psychiatrique arbitraire est actuellement pendante devant le Tribunal de grande instance de Perpignan en demande d’indemnisation de M. Jean-Louis Caccomo, représenté par Me Maryse Pechevis, avocate, contre le CH de Thuir et l’Agent judiciaire de l’État. Nous lui donnons écho en tant qu’illustration de cette propension que nous condamnons, à l’utilisation de l’internement psychiatrique comme un moyen de règlement de comptes politiques.

Auteurs : A.B. - H.F.


Vidéo interview de M. Jean-Louis Caccomo

 

Vidéo d’une interview en date du 23 janvier 2015, de M. Jean-Louis Caccomo, professeur de sciences économiques à l’université de Perpignan, à propos de son hospitalisation à la demande d’un tiers (en l’espèce M. Fabrice Lorente, président de l’Université de Perpignan), au CH de Thuir (Pyrénées-Orientales) du 14 février 2013 au 3 avril 2014, suivie d’une hospitalisation en clinique psychiatrique jusqu’au 20 juin 2014.

Pour visionner cette vidéo, cliquer sur le lien suivant http://youtu.be/bgdHECkKAno.

N.B. : Mme Solweig Ely, attachée de presse, est filmée aux côtés de M. Jean-Louis Caccomo.

Fiche biographique sur M. Jean-Louis Caccomo sur Wikiberal (portail du libéralisme) : http://www.wikiberal.org/wiki/Jean-….

PDF - 23.5 ko
2015-04-30 Le Midi Libre.

Sur cette même affaire, un article du Midi Libre du 30 avril 2015 : http://goo.gl/OsHLyo
 
 


Témoignage

 

Mon séjour à l’hôpital psychiatrique de Thuir

Par Jean-Louis Caccomo – Économiste

Perpignan, le 11 février 2015
 

Au delà du fait que l’on m’a retiré ma liberté et privé de ma vie arbitrairement, je voudrais ici alerter sur les conditions de traitement dans l’univers psychiatrique en France en 2015. On a tous en tête les conditions de traitement des prisonniers dans les prisons turques ou marocaines et l’on se dit que cela se passe sous d’autres cieux, dans des pays peu scrupuleux sur les droits de l’homme et qui n’ont pas les mêmes standards de développement. Certes, cela n’excuse pas les mauvais traitements mais permets de le comprendre. Mais ce que j’ai enduré et vu se passe en France, à quelques kilomètres de mon université et de mon foyer, au pays des droits de l’homme.

Dès que vous êtes admis, on vous administre un traitement de choc de sorte que, au bout de quelques jours, vous n’êtes plus vous-même. Pour ma part, je resterai prisonnier 18 longs mois. Au début, on vous impose de porter un pyjama bleu. Puis on est laissé dans le vide du temps arrêté car c’est la même journée qui se répète indéfiniment de sorte que l’on perd la notion du temps.

Le seul repère, c’est la prise des médicaments, matin, midi, soir et à 22 h. La nuit, un veilleur ouvre la porte de la chambre toutes les heures. De toute façon, il est impossible de dormir à cause des cris ou des patients qui tapent sur les murs.

On ne m’appelait plus Monsieur Caccomo. Un jour, j’ai demandé que l’on m’appelle Docteur Caccomo car c’est ainsi que mes collègues américains me nomment et je me suis fait moquer allègrement par le petit personnel.

Puis les effets secondaires de la combinaison des médicaments se déchaînent : hallucination, ralentissement de toutes les fonctions motrices, incontinence, perte des dents et des ongles… On perd peu à peu sa dignité et son humanité. À tel point qu’un jour, c’est le personnel qui a fait ma toilette, constatant que j’avais uriné dans mes draps.

Durant mon séjour, j’ai assisté à deux suicides et une tentative d’évasion. Je suis rentré, choqué, dans ma chambre. Ensuite, on passe ses journées dans la cour intérieure, avec pour seule occupation, la cigarette, à la recherche de mégots parfois, à l’abri des regards des infirmiers qui nous surveillent.

J’étais devenu un zombie, je ne me reconnaissais plus, moi qui avais l’habitude des colloques, des grands hôtels et des événements de prestige dans le cadre de mes activités universitaires. Les psychiatres m’ont savamment reprogrammé à l’idée que je devais faire une croix sur ma carrière. Quand je tentais de répondre, mes propos étaient qualifiés de « délires symptomatiques de phase maniaque ». Alors je me taisais, et mon mutisme était qualifié de « symptômes caractéristiques de phase décompensatoire ».

Je n’avais plus le goût des aliments. Les infirmiers me forçaient à manger avec la petite cuillère l’incontournable compote qui nous servait de dessert et que je ne supportais plus. Comme les enfants, à 16 h, on nous conduisait au réfectoire pour prendre un goûter…

À Noël, on est venu me chercher, on m’a rasé et coupé les cheveux pour aller boire le Champony à 20 h avec le personnel de garde puis j’étais au lit à 20 h 30. De toute façon, durant mon séjour, on dînait à 19 h puis on était dans la chambre à 19 h 20.

Il y avait des patients en isolement, attachés à leur lit, que l’on ne voyait jamais. Tout ce que l’on voyait, c’était les infirmiers qui apportaient le plateau repas en chambre.

À chaque fois que je passais en audience devant le juge des libertés, mon état se dégradait. Le juge a maintenu en conséquence mon internement à cinq reprises, de sorte que j’avais perdu tout espoir de sortir de cet enfer. J’ai bien pensé ne jamais en ressortir.



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