2014-03-18 (tem) Témoignage d’une jeune femme sur l’internement, depuis 2000, de sa mère au CH de Nemours (Seine-et-Marne)

• Pour citer le présent article : http://goo.gl/6yOIJM ou http://psychiatrie.crpa.asso.fr/411

Document du mardi 18 mars 2014
Article mis à jour le 9 août 2015

Auteurs : A.B. - H.F.


Témoignage de Mme J. H., 32 ans, sur l’internement depuis 2000 de sa mère, au CH de Nemours (Seine-et-Marne)
 
Également sur Mediapart : http://goo.gl/lxWohz
 

Le 18 mars 2014.
 

Bonjour Monsieur,

Ayant quelques soucis avec ma connexion internet, je n’ai pas pu écrire ce message auparavant. Je vous adresse mes excuses et je vous fais un bref résumé de notre situation.

A l’âge de ses 19 ans, à la suite d’un traumatisme émotionnel dû à un deuil non résolu, ma mère a très mal vécu la mort de son père et a connu différentes étapes difficiles lors d’un deuil (dépression, déni, colère etc.). Sa mère (ma grand-mère) ne sachant que faire, et étant désemparée de cette situation, décida alors, de l’orienter vers la psychiatrie.

Elle fut placée plusieurs fois en hospitalisations à la demande d’un tiers (HDT) par sa mère. Sa mère n’arrivait pas à assumer la gestion financière de sa fille, l’a alors placée en curatelle renforcée, après la naissance de mon demi-frère, en 1987. C’est une association tutélaire qui gère ses finances, mais ça ne se passe pas bien avec eux. Ils nuisent à son intérêt, ainsi qu’à celui de la famille, ne lui donnent pas de relevé de compte, la spolient et je ne sais pas comment faire pour la sortir de là.

Les services sociaux lui ont retiré la garde de ses enfants, elle n’était plus en hospitalisation à la demande d’un tiers et vivait en HLM à ce moment-là. Par décision judiciaire, ma grand-mère a eu l’autorité parentale sur moi, je devais avoir 3 ou 4 ans. Quand à mon demi-frère et ma demi soeur (qui sont nés plusieurs années après moi), ils ont été placés en famille d’accueil séparés l’un de l’autre. Cela a créé un traumatisme familial.

J’ai vécu plusieurs années avec ma mère, et ça se passait bien. J’ai eu de bons moments avec elle, son conjoint et ma grand-mère.

En 1994, son conjoint est décédé. Il avait également été hospitalisé en hospitalisation à la demande d’un tiers à Perray-Vaucluse, pendant plusieurs années. A la suite de cela, ma mère tomba en dépression, elle fut de nouveau placée en hospitalisation sur demande d’un tiers par sa mère, en Bretagne, jusqu’en 1996. Puis elle retourna vivre dans la maison de sa mère, en Seine-et-Marne. Elle était autonome et avait une aide-ménagère qui l’aidait à faire ses courses et ses repas. Tout se passait bien, jusqu’en 1999, où elle a été replacée en hospitalisation à la demande d’un tiers, à l’hôpital de Nemours suite à la décision de sa mère et d’une curatrice, Mme X, actuellement retraitée. A ce moment-là, j’étais mineure, je vivais avec ma grand-mère et je ne pouvais rien faire pour empêcher cela.

En 2000, elle eut un appartement à Nemours, et devait répondre à un programme de soins imposé par son psychiatre : injections de neuroleptiques, etc. Elle ne supportait plus ses médicaments, et ses injections lui faisaient mal, ainsi que ses effets secondaires. Elle fut agressée dans son appartement, déposa plainte à la police et fut relogée par la suite dans un autre appartement à Nemours.

Puis la même année, alors qu’elle ne voulait plus prendre ses médicaments, car elle ne les supportait plus (ils ne convenaient pour guérir sa dépression), elle fut agressée une seconde fois, dans son appartement. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé exactement, mais je soupçonne sa curatrice, de l’avoir envoyée en hospitalisation à la demande d’un tiers avec l’aide des infirmier(e)s qui lui faisaient ses injections.

Depuis 2000 jusqu’à aujourd’hui, elle se retrouve coincée à l’hôpital de Nemours en hospitalisation à la demande d’un tiers et sous curatelle renforcée. Sa mère décéda en 2007. Elle eut droit à une brève autorisation de sortie pour assister à son enterrement.

Je suis tombée en dépression suite à la mort de ma grand-mère et à la mort de mon fils en fin de grossesse, pendant quelques années.

Ma mère n’a pas vu le juge des libertés depuis 2010. Depuis plusieurs années, le médecin, le cadre de santé, l’assistante sociale, sa nouvelle curatrice lui disent qu’elle va voir un juge, mais c’est tout le temps repoussé. La rencontre ne se réalise jamais. Dernièrement, elle devait voir le juge des libertés et détention, mais cela ce ne s’est pas fait. En effet, on lui a dit que cela ne la concernait pas. Une infirmière lui a dit qu’elle devait rester là et attendre dans la salle. Elle l’a menacée de l’enfermer à clé, si elle n’obéissait pas. Nous sommes en 2014, et elle n’a toujours pas vu de juge des libertés. Elle a demandé si elle avait le droit à l’aide juridictionnelle. Son assistante sociale, ne lui dit rien là-dessus. Elle a demandé plusieurs fois, ses relevés de compte à sa curatrice. Elle ne les a jamais eus. Sa curatrice lui donne 70 euros par mois, et l’engueule sur le fait qu’elle s’achète des shampoings. Ma demi soeur voulait lui acheter un lecteur DVD portable. L’hôpital a refusé. Atteinte aux libertés individuelles.

On m’a refusé à plusieurs reprises de me la passer au téléphone, sous prétexte qu’elle allait manger. L’heure des repas est à 19 h. Lorsque je l’appelais, il était 18 h 35 ou 18 h 45. Elle n’a pas de portable, c’est moi qui l’appelle sur le téléphone de l’hôpital. Elle a voulu désigner sa personne de confiance, par le biais d’une lettre, avec sa signature. Son assistante sociale lui a dit que cette lettre ne valait rien. Son médecin refuse que je la voie cet été (elle va être mise dans un foyer, cet été pendant 3 semaines), parce que cela nuirait à son programme de soin.

Le jeudi 27 février 2014, j’ai eu un entretien familial avec son médecin psychiatre, son assistante sociale, ma demi soeur et ma mère, cela s’est mal passé. J’ai demandé quelle maladie avait ma mère, personne ne m’a répondu. Ma mère a soutenu qu’elle n’était pas malade, et qu’elle s’était faite agresser dans son appartement, que des gens sont rentrés chez elle pour l’emmener. Le médecin et son assistante sociale lui ont rétorquée qu’elle était en danger. Le médecin a fait preuve d’intimidation en me faisant culpabiliser, son discours étant le suivant : « S’ils n’étaient pas intervenu pour l’hospitaliser elle serait morte dans son appartement … ». J’ai demandé si le traitement qu’elle prenait guérissait sa maladie. Son médecin m’a répondu : « Ça ne guérit pas, ça stabilise. ». Elle m’a fait comprendre qu’on n’avait pas le temps de parler du passé et qu’on devait accepter sa maladie. Laquelle ? Je n’en sais rien.

L’assistante sociale de ma mère n’a pas arrêté de me dissuader de prendre les devants, lorsque j’essayais de prendre la défense de ma mère ou lorsque j’envisageais l’hypothèse de la faire sortir de sa curatelle renforcée. Elle m’a fait comprendre qu’il fallait que je passe d’ abord et uniquement par elle, avant d’entamer la moindre démarche de sortie. J’ai demandé également pourquoi elle avait été placée sous curatelle renforcée, le médecin a de suite coupé court à la conversation, en me disant que le rendez-vous était terminé. Il n’a pas voulu me répondre. Il m’a gentiment renvoyé.

Son médecin psychiatre, sa curatrice, son assistante sociale ne veulent pas qu’elle retourne dans sa maison, en Seine-et-Marne. Ils préfèrent la mettre en alternance dans un foyer de vie et en hôpital, parce qu’ils ne la trouvent pas autonome. Mais pour ma part, je suis en désaccord avec eux, car depuis que sa mère est décédée, la maison familiale lui revient, et elle n’est plus en dépression. J’ai l’impression que son psychiatre veut la garder sous contrôle, et utilise des manières sectaires : manipuler et écarter les membres de la famille.

J’aimerais la sortir de là, mais je ne sais pas comment faire, je ne suis pas d’accord avec son psychiatre sur les raisons de son hospitalisation sur demande d’un tiers, et sur sa maladie. Pour moi, elle n’en a pas. Elle a besoin de soutien familial, de psychothérapie, de psychologue, et d’entourage, s’est ce qui aide à se sortir de la dépression. J’agis dans son intérêt, et je pense qu’il y a eu plusieurs erreurs de diagnostic de la part de ses médecins psychiatres et dans les décisions de justice ; que cela a porté préjudice à notre famille, brisé la vie d’une mère ainsi que celle de ses enfants. Je pense que cette pseudo science, ses programmes de soins médicamenteux et ses injections ne sont pas prouvés scientifiquement sur les bienfaits du patient. Ce n’est pas du tout adapté pour ma mère, et cela nuit à son intérêt, cela la détruit physiquement de par les effets secondaires, psychologiquement de par les abus, et le fait qu’elle ne puisse pas retourner dans sa maison en Seine-et-Marne.

Je vous remercie de m’avoir lu, et du soutien que vous pouvez m’apportez



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