2011-12-22 (art/tém) Témoignage sur un internement abusif : Règlement de compte psychiatrique dans un Centre hospitalier universitaire

• Pour citer le présent article : http://goo.gl/xJBhF ou http://psychiatrie.crpa.asso.fr/197

Document du jeudi 22 décembre 2011
Article mis à jour le 10 février 2015

tem : Témoignages.

Voir également sur notre site : 2011-05-22 (art/tém) Témoignage de M. Laurent Wetzel, ancien Maire de Sartrouville (78), sur son internement arbitraire de juin 1995

et : 2011-11-10 (art/tém) Comment les centres psychiatriques rendent les gens… fous • Un témoignage-reportage publié sur le site du Nouvel Obs, à propos du Centre Psychiatrique d’Orientation et d’Accueil (CPOA) du CH Sainte-Anne.


Témoignage sur un internement abusif

Règlement de compte psychiatrique dans un Centre Hospitalier Universitaire

À force de stigmatiser les rares crimes commis par des malades, on en arrive maintenant insidieusement à l’excès inverse. Je voudrais à ce propos raconter ma propre histoire qui ne manque pas de sel.

Je fais partie du personnel médical d’un grand CHU et j’ai été contraint de dénoncer en 2010 des détournements financiers de la part de deux collègues. Détournements qui avaient permis à l’une d’entre elles d’empocher pour la seule année 2010 plus de 38 000 €, alors que mon CHU perdait dans le même temps entre 250 et 300 000 €. La direction de l’hôpital avait été soigneusement roulée avec des chiffres faux et avait officialisé ce montage par une convention. J’ai signalé ces fait à l’ARS — Agence Régionale de santé — qui a commencé à enquêter, mais semble-t-il en expédiant mon courrier à la direction de mon CHU qui l’a ensuite communiqué aux personnes que j’avais dénoncées. L’enfer a alors commencé pour moi.

En effet, les escrocs ont monté le personnel de mon service contre moi ainsi que plusieurs collègues en me faisant passer pour un délateur et un traître, prétendant qu’à cause de moi, des secteurs entiers du service allaient fermer et leur personnel muté ou peut-être même licencié.
Ce beau monde à commencé à monter contre moi de véritables comédies faisant croire par exemple qu’en fermant une porte j’avais voulu enfermer une collègue sur une terrasse, cette même collègue prétendant aussi que je la harcèlerais sexuellement et moralement, que je l’aurais poursuivie dans les parkings en sous sol et qu’elle n’aurait eu la vie sauve qu’en dérangeant un vigile (sic). Ces individus se sont mis à écrire des courriers dont je n’ai jamais su le contenu, à mon médecin du travail, puis à ma direction. La direction a mandaté le médecin du travail contre moi, il s’est alors présenté gentiment dans mon bureau pour me convoquer en vue, disait-il, de discuter de problèmes de locaux.

En réalité dès le début de cette ’consultation’ il a été extrêmement agressif prétendant notamment qu’il y avait de gros problèmes dans mon service, qu’il avait fait une enquête auprès de mes collègues, et que tous m’avaient désigné comme unique responsable de cet état de fait. J’ai fait ma propre enquête et découvert que c’était faux. Il m’a fait mettre immédiatement en congé d’office pour un mois avec interdiction de rejoindre mon bureau. Ce médecin ne m’avait jamais vu auparavant et nous ne nous connaissions pas. Il voulait à terme me classer inapte alors que je ne suis qu’à 5 ans de la retraite. Je n’aurais donc pu toucher qu’une retraite amputée de 40 à 50 %.

Les calomnies de mes ’collègues’ ont redoublé contre moi et j’ai glissé lentement vers une dépression grave avec idées de suicide dont je me suis ouvert à mon médecin du travail. Celui-ci m’a alors fait jeter à l’asile, dans le CHU ou nous travaillons tous deux au moyen de certificats médicaux mensongers, plein de calomnies et de diffamations.

Je n’ai malgré tout opposé aucune force, et je me suis retrouvé dans le pavillon psychiatrique de mon employeur. J’y ai été reçu dans la cellule d’isolement, et là la psychiatre a écouté mon histoire, mais a interprété mes propos comme un délire de persécution. Pour rédiger le certificat d’H.O., elle a repris les propos mensongers du médecin du travail et y a ajouté les siens qui étaient également faux. À aucun moment elle ne m’a demandé si j’étais d’accord pour être hospitalisé — je l’étais pourtant — à aucun moment elle ne m’a demandé les coordonnées d’un des membres de ma famille pour me mettre éventuellement en H.D.T. Elle m’a fait enfermer en H.O. le régime le plus dur. Suites aux fausses accusations de mes ’collègues’, elle m’a infligé le diagnostic de psychotique paranoïaque décompensé avec risque ’+++’ de passage à l’acte. Difficile de faire plus sévère. Pourtant à cette époque là des collègues — des vrais — sont venus dans le pavillon à ma demande pour terminer un travail urgent. Nous avons travaillé pendant plus de 3 heures ensemble et ils sont repartis contents avec tous les éléments nécessaires à la continuation de ce travail. Eux m’ont trouvé tout à fait normal, alors qu’un sujet affecté de la pathologie décrite ci-dessus ne peut pas tolérer 10 minutes de suite le travail en commun. Il est de toute façon incapable de travailler.

Mon hospitalisation a ainsi duré plus de deux mois et actuellement je dois passer devant un comité médical aux allures de conseil de discipline — d’emblée acquis au médecin du travail — tous les 6 mois. J’ai été complètement placardisé au plan professionnel.

Je suis en train d’attaquer mon CHU devant le tribunal administratif, contre l’avis formel des psychiatres qui voient là une quérulence inadmissible. Je m’attends de plus à de nouvelles mesures de rétorsion de la part de mon administration à court terme pour avoir engagé cette procédure qui va durer au moins 3 ans.



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