2011-03-16 (art) La psychiatrie publique, en panne de révolte, par Éric Favereau • Libération, La plume et le bistouri

• Pour citer le présent article : http://goo.gl/VvQ2N ou http://psychiatrie.crpa.asso.fr/64

Document du mercredi 16 mars 2011
Article mis à jour le 10 avril 2014

La plume et le bistouri :
Santé privée-santé publique, regards croisés

« La psychiatrie publique, en panne de révolte » par Éric Favereau

Comment ne pas être perplexe, voire troublé devant la faible mobilisation du monde de la psychiatrie, alors qu’a débuté, hier soir, le débat au parlement sur « la réforme de l’hospitalisation sous contrainte », question centrale dans la prise en charge de la folie ?

Hier après midi, ils étaient en effet quelques centaines à manifester devant l’Assemblée, à l’appel du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, qui avait pourtant lancé récemment une pétition contre ce projet recueillant plus de 20 000 signatures. Certes, on pourra dire que, selon les chiffres officiels, près de 40% des services de psychiatrie ont été affectés par une grève, mais soyons honnêtes, le résultat est franchement décevant.

Pourquoi le cocktail ne prend-il pas, au-delà d’un certain cercle ? La société est-elle devenue à ce point indifférente à cette question ? Ou bien, n’y a-t-il rien à attendre d’un milieu de la psychiatrie qui — à force d’avaler des couleuvres et d’avoir la tête dans le guidon —, n’est plus en état de porter le moindre débat social ?

Car, aujourd’hui, le grain de sable est un rocher. Ce projet de loi ébrèche le secret médical, il instaure une usine à gaz dans les prises de décision, il déresponsabilise tous les acteurs, il est empreint d’une philosophie de soins réduite à la seule prise de médicaments, il banalise la contrainte alors que celle-ci est une transgression historique dans l’histoire de la médecine, il instaure une sorte garde à vue sanitaire, durant laquelle, pendant trois jours, le patient est hors de tout regard, un délai pire que dans une garde à vue normale. Face à cela, quelques centaines de gens pour manifester.

Peu après, en début de soirée, le débat a commencé au parlement, devant une vingtaine de députés. On a entendu, tout et son contraire. La secrétaire d’État à la Santé Nora Berra a estimé que la réforme de l’hospitalisation sous contrainte était « équilibrée et nuancée et équilibré ». Le rapporteur UMP Guy Lefrand a dit la même chose, tout en lâchant des chiffres sortis de nulle part : plus de 20% de la population sera un jour atteinte par un trouble mental. Ah bon… Le ministre de la Justice, Michel Mercier, a estimé que la réforme, dans son volet judiciaire, représentait « un défi » pour l’institution judiciaire. Le député PS Serge Blisko a déploré, lui, un « projet bancal » et « inapplicable », évoquant « une surenchère sécuritaire » dans un contexte de « crise de la psychiatrie publique ». Quant au député socialiste, Jean Marie Le Guen, il eu le mérite de s’énerver, hurlant que ce projet n’était même pas sécuritaire, ne procurant sécurité ni au patient, ni à la société : « Ce texte est une honte ».

Éric Favereau »

La veille, Éric Favereau écrivait dans Libération :
"Quant aux députés socialistes, ils sont aux abonnés absents, ne se rendant compte ni de la mobilisation de toute la psychiatrie française ni de l’enjeu pour les libertés individuelles.".


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