2023-08-15 - Les SOS de la psychiatrie publique durant l’été (revue de presse)

• Pour citer le présent article : https://psychiatrie.crpa.asso.fr/846

Document du mardi 15 août 2023
Article mis à jour le 2 mars 2024
par  A.B.

Pour rappel ce diagnostic de la déliquescence de la psychiatrie française du Dr Philippe de Labriolle, psychiatre retraité, en date du 29 novembre 2010, 3 jours après la décision de censure historique prise par le Conseil Constitutionnel de l’internement psychiatrique administratif hors contrôle judiciaire issu du 19e siècle. A ce jour ce diagnostic n’a pas été démenti, cliquer sur ce lien

2022-10-04 (Revue de presse) Des internés vous écrivent de l’UMD de Cadillac
2024-03-01 - En France le système maltraite la psychiatrie (vidéo)

Pour retrouver cet article sur l’édition participative de Mediapart, Les contes de la folie ordinaire, cliquer sur ce lien


(Mediapart Club) La psychiatrie sarthoise en danger : la dégradation dramatique de l’offre de soins

La psychiatrie sarthoise en grand danger : les psychiatres dénoncent la dégradation dramatique de l’offre de soins. Dans cette tribune rédigée par les médecins de l’établissement psychiatrique du Mans, couvrant tout le territoire de la Sarthe, ceux-ci alertent sur la situation catastrophique de l’offre de soins, avec un risque majeur de crise sanitaire imminente

Source, Médiapart club, cliquer sur ce lien

Le 28 juillet 2023 par Antoine Decouvelaere, psychiatre.

SOS de l’EPSM de la Sarthe.

Nous, médecins psychiatres, médecins généralistes et pharmaciens de l’EPSM de la Sarthe, souhaitons alerter nos concitoyennes sur la situation dramatique de la psychiatrie en Sarthe.

Du fait de la pénurie médicale s’aggravant depuis plusieurs années sur notre département, et plus particulièrement concernant notre discipline, les soins psychiatriques publics de notre département sont soumis à une dégradation constante.

Mediapart Sur le SOS de l’EPSM de la Sarthe.

Pour tenter de limiter les conséquences pour les sarthoises et les sarthois, l’établissement, sous l’impulsion de la direction et des représentantes des médecins, met en place des dispositifs innovants et cherche à développer tout ce qui pourrait être utile pour améliorer l’accès et la qualité des soins. Compte tenu de la situation de crise globale de toutes les filières de soins, cela est fait dans des temps records et sans temps médical supplémentaire.

La pénurie médicale est aujourd’hui à un niveau extrême, mettant en péril l’ensemble de nos dispositifs de soins, tant hospitaliers qu’ambulatoires (consultations, hôpital de jour, soins de réhabilitation psychosociale…) : notre établissement n’est plus à ce jour en mesure d’assurer correctement ses missions auprès des patients en besoin de soins psychiques.

Enfants, adolescents, adultes, personnes âgées… aucune filière n’est épargnée par la forte réduction des moyens humains.

L’établissement a ainsi été contraint de fermer trois unités d’hospitalisation en ce début d’été, ce qui correspond à 42 lits fermés, avec pour conséquence immédiate une restriction majeure d’accès aux soins hospitaliers qui actuellement sont exclusivement réservés aux patients hospitalisés sous contrainte (sans leur consentement). Concrètement, si vous avez une dépression sévère résistante aux traitements antidépresseurs en Sarthe en 2023 avec nécessité d’hospitalisation : ce n’est pas possible à l’EPSM de la Sarthe.

L’accès aux consultations médicales – mais aussi infirmières et psychologique – en centre médico-psychologique est de plus en plus restreint et les listes d’attente s’allongent. En psychiatrie adulte, il faut attendre plusieurs mois pour une consultation médicale, et parfois jusqu’à deux années pour voir une psychologue. Quant à l’accueil infirmier, souhaitable dans les 24-48h, il faut dans certains centres médico-psychologiques patienter souvent jusqu’à plusieurs semaines. Nos confrères et consœurs de la médecine générale, en première ligne dans leurs cabinets, prennent en charge seules les situations complexes qui nécessitent des soins spécialisés. Les délais d’attente sont devenus tellement importants que les patients arrivent dans nos centres de consultation dans un état de santé psychique très dégradé, puisque pris en charge avec grand retard.

La situation est extrêmement grave

Elle va continuer de s’aggraver davantage. Dans tous les hôpitaux généraux dotés de service d’urgences, des patients nécessitant des soins psychiatriques peuvent être conduits à patienter, quelques heures, voire quelques jours, en attente d’un lit en psychiatrie. Au Mans, il y a encore trois ans, l’exception était qu’un.e patient.e reste deux jours aux urgences en attendant un lit d’hospitalisation. Aujourd’hui, ce sont une dizaine de patient.e.s qui attendent leurs places, pour certain.e.s pendant plus d’une semaine, dans des conditions indignes. L’hôpital du Mans n’a pas eu le choix depuis plusieurs mois de voir se créer une zone dite « tampon ». Elle est nommée « patio ». Les patient.e.s restent en attente d’hospitalisation à l’EPSM et sont hébergé.e.s le temps qu’une place se libère. Vous imaginez-vous en détresse psychologique intense avec l’idée insupportable de n’avoir plus d’autre choix que de mourir, placé.e dans une salle commune avec sept lits séparés par de minces paravents, à attendre en désespoir une prise en charge hospitalière adaptée ? Ce lieu nous a tous révolté à son ouverture il y a un an. Aujourd’hui, tout le monde s’en accommode, faute de moyens, et la banalisation de ce traitement nous alarme.

Cette situation « d’entre-deux », entre les urgences et les soins psychiatriques hospitaliers, est intolérable sur le plan éthique et déontologique. A la demande des urgentistes du Centre Hospitalier du Mans, l’Agence Régionale de Santé s’est emparée de cette question pour tenter d’y remédier. Des propositions ont été travaillées avec les établissements de la région Pays de la Loire, sans succès jusqu’à présent. En parallèle, la fermeture des lits fait augmenter le nombre de patient.e.s qui restent sans solution, à attendre une place en hospitalisation dans des conditions dangereuses, chez eux ou dans d’autres services de soins qui sont inadaptés (au patio des urgences ou dans des services de médecine). Les personnes les plus dangereuses pour elles-mêmes ou pour les autres sont encore dans le service des urgences, parfois attachées pendant plusieurs jours. Celles qui s’opposent à une décision d’hospitalisation devenue nécessaire sont privées de leur liberté de manière totalement illégale. Aucune solution viable n’a été trouvée pour prendre en charge ces personnes.

Laisser perdurer cette situation sans alerter la population serait franchir une limite inacceptable : celle de la déshumanisation des soins psychiques pour les patient.e.s sarthois.e.s. Se laisser imposer un tel niveau de dégradation de l’accueil des personnes en souffrance serait accepter un niveau de maltraitance institutionnelle inenvisageable.

« Ne rien dire, c’est consentir », disait une de nos consœurs urgentiste en 2021, « ne rien dire, c’est consentir » reprenait il y a quelques semaines l’un de nos confrères, urgentiste au Mans.

Ne rien dire, ce serait accepter d’invisibiliser la carence gravissime de l’offre de soins psychiques en Sarthe.

Ne rien dire, ce serait plier devant les conditions indignes d’exercer la médecine.

Ne rien dire, ce serait bafouer nos valeurs, notre éthique, notre engagement auprès des patient.e.s.

Collectivement, les médecins et pharmaciens de l’EPSM de la Sarthe alertent sur le défaut de soins et l’inégalité d’accès aux soins qui s’amplifient partout en France et notamment en Sarthe. Nous demandons de toute urgence de l’aide auprès de l’agence régionale de santé, du ministère de la santé et du gouvernement et réclamons des solutions pérennes.

Liste des signataires

Dr Jean-François AUVILLE, psychiatre
Dr Régis BEAUDOUIN, médecin généraliste
Dr Pauline BOUDIN, psychiatre
Dre Guylaine CHOPLAIN, psychiatre addictologue, cheffe du pôle addictologie
Dr Antoine DECOUVELAERE, psychiatre
Dre DEFAUX Hélène, médecin addictologue
Dre Fouzia EL MAHI, psychiatre
Dr Pascal GERAUD, psychiatre, chef du pôle hospitalisation adulte et psychiatrie de la personne âgée
Dr Thierry GODARD, psychiatre
Dr Matthieu GROS, psychiatre, chef du pôle ambulatoire
Dr Frédéric HASSAN, psychiatre
Dre Geneviève HENAULT, psychiatre, cheffe adjointe du pôle ambulatoire, Vice-présidente de CME
Dre Irène JAGOT-LACOUSSIERE, psychiatre
Dr Vincent LECLERE, psychiatre intérimaire
Dre Juliette LECLERT, pédopsychiatre
Dre Catherine MALBOS, pharmacienne
Dre Gabrièle MUGNIER, psychiatre, cheffe du pôle psychiatrie de l’urgence
Dre Sophie PARENT, psychiatre
Dre Violaine PIOT-GLORIA, pédopsychiatre, cheffe de pôle de psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent, Vice-présidente de CME
Dre Marianne PIRON-PRUNIER, pédopsychiatre, Présidente de CME
Dre Marie-Hélène POIRIER-GARCIA, pédopsychiatre
Dr Arthur RIPOLL, psychiatre, géronto-psychiatre
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(Hospimedia) La psychiatrie publique interpelle le nouveau ministre sur l’urgence de la situation

Publié le 01/08/23 - 17h26 - Hospimedia par Caroline Cordier

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Une nouvelle alerte est donnée par les acteurs de la psychiatrie publique, à l’occasion de l’entrée en fonction du nouveau ministre de la Santé Aurélien Rousseau. La situation devient « intenable » dans de nombreux territoires, préviennent-ils

Hospimedia. SOS des acteurs de la psychiatrie publique.

La psychiatrie publique est « un chantier urgent », alertent via un communiqué le 21 juillet les représentants* de directeurs d’établissement, de praticiens hospitaliers et d’usagers et de leurs proches, à l’occasion de la prise de fonction du nouveau ministre de la Santé et de la Prévention Aurélien Rousseau. « La situation actuelle devient de plus en plus intenable dans de nombreux territoires », avertissent-ils, exemples à l’appui, alors que les signaux d’alarme continuent régulièrement de s’allumer dans les régions. L’offre psychiatrique pourrait même totalement disparaître de certaines zones en France, insistent-ils, appelant le ministre à prendre des « mesures urgentes et concrètes » et à ouvrir des perspectives pour ce champ essentiel de la santé (lire aussi notre analyse).

Difficultés majeures pour un quart des CH

Les signataires de l’interpellation prennent le temps de rappeler les difficultés spécifiques de la discipline. Ils relèvent par exemple que pour le précédent ministre de la Santé, François Braun, la situation en psychiatrie « n’était pas pire que pour d’autres spécialités ». Pourtant, « contrairement à d’autres disciplines où une offre libérale et/ou privée peut venir en appui [du secteur public], il n’en est pas de même pour l’offre de soins soutenue par la psychiatrie publique », expliquent-ils. En effet, l’offre ambulatoire « qui s’est développée dans le cadre de la [sectorisation], n’a pas son équivalent dans d’autres disciplines » et l’offre hospitalière est « aujourd’hui très majoritairement soutenue par l’hôpital public ce qui n’est pas le cas dans la plupart des autres disciplines ».

Fait notable aujourd’hui, soulignent-ils, « plus aucun champ de la psychiatrie n’est épargné ». Enfants, adolescents, jeunes adultes, adultes et personnes âgées sont confrontés à « des délais de prise en charge incompatibles avec des soins de qualité » (lire nos articles ici et là). Citant une enquête menée par la FHF en juin dernier, les signataires signalent qu’un quart des établissements autorisés en psychiatrie déclarent être en très grande difficulté pour maintenir leur offre de soins. Ce qui « risque de se traduire par la disparition, dans des territoires pouvant aller jusqu’à un département, de toute offre de soins psychiatrique qu’elle soit hospitalière ou ambulatoire », alertent les représentants. Ils insistent sur le fait que cette perspective devrait être « particulièrement inquiétante » pour les pouvoirs publics et prennent en exemple l’actualité dans la région Pays de la Loire.

Des territoires sous haute tension

Alors que l’ARS Pays de la Loire a annoncé début juillet le lancement d’un plan d’urgence avec des mesures pour sécuriser les prises en charge en psychiatrie et attirer davantage de professionnels (lire notre article), la situation semble être de plus en plus tendue. Ainsi, dans une tribune datée du 28 juillet et transmise à Hospimedia, les médecins psychiatres, médecins généralistes et pharmaciens de l’établissement public de santé mentale (EPSM) de la Sarthe évoquent une « situation dramatique ». La pénurie médicale est « aujourd’hui à un niveau extrême, mettant en péril l’ensemble de nos dispositifs de soins, tant hospitaliers qu’ambulatoires », écrivent-ils, et l’établissement « n’est plus à ce jour en mesure d’assurer correctement ses missions auprès des patients en besoin de soins psychiques ». Cette situation, « extrêmement grave », va continuer à s’aggraver, poursuivent les praticiens, qui demandent « de toute urgence » de l’aide auprès de l’ARS, du ministère de la Santé et plus largement du Gouvernement et réclament « des solutions pérennes ».

Dans d’autres territoires, des atteintes à l’offre de soins continuent régulièrement d’être signalées. Par exemple, sans que cette liste soit exhaustive, a été annoncée en juin la fermeture provisoire d’une unité de psychiatrie dédiée aux 16-25 ans de l’EPSM de Lille-Métropole (Nord), par manque d’infirmiers (lire notre article). La réouverture d’une unité de psychiatrie s’opère à Brignoles (Var) mais sans ses lits d’hospitalisation complète. À Marseille (Bouches-du-Rhône), le syndicat Sud alerte de nouveau sur les réorganisations de soins et fermetures « temporaires » ou pérennes d’unités, où le manque d’effectifs est aggravé par des conditions de travail marquées par l’insécurité. Il demande notamment, dans un courrier adressé le 27 juillet au nouveau ministre, une « prime pour travail en territoire difficile » et plus largement « les moyens […] de prendre en charge et soigner dignement » les personnes atteintes de troubles psychiques.

* Les organisations signataires de l’alerte sont les suivantes : Association des établissements du service public de santé mentale (Adesm) ; Association nationale des psychiatres présidents et vice-présidents de commissions médicales d’établissement (CME) de centres hospitaliers (ANPCME) ; Conférence nationale des présidents de CME de CH spécialisés ; Fédération nationale des associations d’usagers en psychiatrie (Fnapsy) ; Intersyndicale de la défense de la psychiatrie publique (Idepp) ; Syndicat des psychiatres d’exercice public (Spep) ; Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) ; Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam) ; Union syndicale de la psychiatrie (USP).

Liens et documents associés

La tribune [PDF]

Caroline Cordier

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(JIM) La déliquescence de la psychiatrie annonce-t-elle les drames de demain ?

JIM (journal international de médecine), publié le 2/08/2023.

JIM, sur la déliquescence de la psychiatrie.

Paris, le mercredi 2 août 2023 – C’est un article que vous penserez peut-être avoir déjà lu mille fois. Le décor et l’action ont en effet déjà été vus fréquemment : des psychiatres ou soignants en psychiatrie prennent individuellement ou collectivement la plume pour décrire l’enfer de la psychiatrie publique dans notre pays. C’est l’errance des familles et des patients devant attendre de longs mois avant qu’une prise en charge, prise en charge dégradée, soit enfin mise en œuvre. C’est le désarroi des professionnels, qui face à une pénurie de personnels toujours croissante, sont contraints de recourir à la contention ou à l’isolement pour assurer un minimum de sécurité dans des services débordés. C’est partout la même maltraitance institutionnalisée et la même désespérance.

Des drames sur fond de démolition de la psychiatrie publique

Bien que la répétition ad nauseam ne semble avoir eu aucun effet par le passé, relatons une fois encore. Il y a dix jours, ce sont plus d’une cinquantaine de psychiatres, psychologues et patients qui écrivent dans le Parisien. Leur point de départ, les récents terribles faits divers : l’infirmière assassinée à Reims, les jeunes enfants attaqués à Annecy, une septuagénaire et sa petite fille agressées à leur domicile.

Tous ont été perpétrés par des personnes atteintes de lourdes pathologies psychiatriques. Il sera évidemment impossible de prévenir tous les passages à l’acte, tandis qu’il est essentiel de redire que les patients atteints de troubles psychiatriques sont bien plus fréquemment les victimes de violence qu’ils n’en sont les auteurs. Cependant, cette multiplication des faits jette une cruelle lumière sur l’accueil actuel des patients.

Les auteurs du texte publié dans le Parisien s’interrogent : « Comment ne pas les mettre en regard de l’état des services publics, avec la santé et la psychiatrie aux premières loges de la démolition ? Faut-il continuer d’accepter le décuplement de violences institutionnelles, le non-accueil, la transformation de nombre de services de soin en véritable machine à broyer les personnes malades et celles qui s’en occupent ? » et décrivent plus loin : « Faute de moyens humains, faute de places et de réelle volonté politique, l’accès universel aux soins est en voie d’extinction ».

Des chiffres paradoxaux

De fait, selon les résultats d’une récente enquête de la Fédération hospitalière de France, un quart des centres hospitaliers comptant un service de psychiatrie indiquent aujourd’hui être en très grande difficulté. Bien que le nombre de psychiatres soit en France supérieur à la moyenne des pays occidentaux (22,8 psychiatres pour 100 000 habitants, contre une moyenne de 15,6 au sein de l’OCDE) la psychiatrie à l’hôpital public est exsangue. Ainsi, le nombre de lits a diminué de 60 % entre 1975 et 2018 et 30 % des postes de praticiens ne sont pas pourvus.

Conséquence de cet abandon : « Les lieux d’accueil et les services ambulatoires pour enfants et adultes sont pleins à craquer. Toute prévention s’en trouve abandonnée. Dans le même temps, des pratiques en principe exceptionnelles se banalisent à toute vitesse, contention, chambre d’isolement, hospitalisation sans consentement, et aussi cette prise en charge au rabais qu’est la seule administration d’un traitement, souvent imposé, y compris en ambulatoire (tout ceci sans réel accompagnement social). Difficile aujourd’hui de négocier un accueil à l’hôpital psychiatrique, d’exiger une aide sans médicament-isolement-contention, quand bien même les personnes viennent de leur propre gré. Certains soignants eux-mêmes dissuadent leurs patients de se faire hospitaliser et déconseillent les Urgences (quand elles ne sont pas déjà fermées) » poursuivent les auteurs de la tribune, qui lancent comme conclusion « La désespérance est-elle un projet de société ? ».

Vers une disparition de l’offre de soins dans certains territoires

C’est un énième appel et il est loin d’être unique. Le même jour, plusieurs associations d’établissements et de psychiatres adressaient une lettre au tout nouveau ministre de la santé. Leur espoir : que ce changement, avenue de Ségur, permette d’en finir avec une forme de déni gouvernemental. En effet, François Braun, qui a régulièrement essayé de minimiser les difficultés rencontrées par l’hôpital public assurait que la situation de la psychiatrie « n’était pas pire que pour d’autres spécialités ». Un diagnostic que ces spécialistes récusent, rappelant notamment que contrairement à d’autres disciplines, la psychiatrie ne peut pas se reposer aussi largement sur une offre libérale et privée. Clairement, ces responsables cités par Hospimedia, évoquent le risque d’une « disparition » de l’offre dans certains territoires.

Et il ne faut attendre que huit jours et la tribune de spécialistes de la Sarthe pour qu’une illustration concrète soit apportée à ces propos. « La pénurie médicale est aujourd’hui à un niveau extrême, mettant en péril l’ensemble de nos dispositifs de soins, tant hospitaliers qu’ambulatoires (consultations, hôpital de jour, soins de réhabilitation psychosociale…) : notre établissement n’est plus à ce jour en mesure d’assurer correctement ses missions auprès des patients en besoin de soins psychiques » écrivent les praticiens sarthois ne cessant de répéter combien la situation est « grave ».

Assises, plans : l’inefficacité, pas l’immobilisme

Combien de fois avons-nous lu cela, ainsi que d’autres tribunes appelant à un sursaut national, à une prise de conscience et un éveil collectif ? Les pouvoirs publics sont loin d’être toujours restés sourds à ces appels. Les rapports et états des lieux, gouvernementaux et parlementaires, se sont multipliés. La dernière mouture du plan psychiatrie et les Assises de la santé mentale (qualifiées par les auteurs de la tribune publiée dans le Parisien de « grande messe de communication gouvernementale ») ont conduit au déploiement de nombreuses mesures, à la libération de fonds importants (20 millions d’euros par exemple dans les centres médico-psychologiques) avec un accent mis sur la formation des professionnels et l’amélioration de la qualité de vie au travail.

Par ailleurs, un (énième) numéro vert a été créé. Surtout, la mesure phare fut le lancement de « MonParcoursPsy » à grand renfort de médiatisation. Mais si plus de 90 000 patients en avaient bénéficié fin janvier 2023 (après un lancement en avril 2022), l’outil est l’objet de nombreuses critiques de la part des professionnels. Surtout, aucune réelle réponse n’a été apportée à la désaffection mortifère que connaît la psychiatrie publique. « Ce n’est pas en claquant des doigts que nous aurons des médecins demain » répondait à ces litanies répétées, un brin fataliste, l’ancien ministre de la Santé.

Aujourd’hui, c’est plus qu’un claquement de doigts qui est attendu d’Aurélien Rousseau.

Aurélie Haroche

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(Mediapart Club) Fermeture d’une unité pour malades difficiles à Cadillac en Gironde

Communiqué du collectif UMD de Cadillac en danger

Mediapart Club, billet de blog publié le 15 août 2023.

Source, cliquer ici

SOS de « UMD de Cadillac en danger ».

L’agence régionale de santé de la Gironde vient de décider la fermeture de 19 lits d’une unité pour malades difficiles du centre hospitalier de Cadillac, alors même qu’il existe des alternatives pour éviter cette fermeture fixée le 30 septembre 2023. Le collectif UMD de Cadillac en danger s’oppose à cette fermeture et vous explique pourquoi.

Je m’exprime ici au nom du collectif UMD de Cadillac en danger.

Nous exerçons en tant que soignants au sein d’une unité pour malades difficiles de Cadillac-sur-Garonne dans le département de la Gironde.

Et, nous souhaitons informer le public sur la situation critique dans laquelle nous nous trouvons.

L’unité d’UMD (unité pour malades difficiles) Moreau du centre hospitalier de Cadillac risque de fermer au mois de septembre 2023, ce qui équivaut à une diminution de 19 lits d’UMD sur le territoire national.

L’application de la loi Rist, adoptée en avril 2023, qui vise à plafonner le revenu des médecins intérimaires a accéléré la chute en cours de l’hôpital public.

En effet, cette loi a été appliquée sans que ses effets en soient mesurés et sans aucun accompagnement de la part des agences régionales de santé. Partout sur le territoire les unités ferment une à une.

Cette mesure favorise les établissements privés qui ne sont pas soumis aux mêmes règles et de fait subissent moins la pénurie médicale en cours.

On peut déplorer que certains praticiens s’inscrivent dans une forme de "mercenariat" qui consiste à se ranger du côté du plus offrant mais cette pratique est une réalité avec laquelle nous devons composer.

Il est important que la population soit consciente du décalage entre la parole politique, qui dit prendre à bras le corps la question sécuritaire, et la réalité.

En effet, lors de chaque fait divers tragique, la classe politico-médiatique s’émeut d’un ensauvagement de la société, d’une violence qui serait le fruit d’un écroulement de l’autorité de l’État.

Mais, tous font fi du rôle clé de la psychiatrie public dans le bon fonctionnement d’une société. Une étude démontre qu’au moins 36% des personnes incarcérées présentent au moins une maladie psychiatrique de gravité marquée à sévère.*[i]

Et, malgré ce constat, de nombreux détenus relevant de secteur psychiatrique ne bénéficient d’aucune prise en charge spécifique.

Lorsque le 19 juin 2023 à Bordeaux un homme de 29 ans a agressé en pleine rue une septuagénaire et sa petite fille, le traitement de l’information s’est focalisé sur l’émergence d’une nouvelle forme de violence décomplexée, les racines de ce fait divers semblent pourtant plus complexes. L’agresseur en question est porteur d’une pathologie psychiatrique lourde avec un passé judicaire chargé. Sans domicile fixe au moment des faits, il était en rupture de traitement. Comment est-il possible qu’une personne hospitalisée à maintes reprises en psychiatrie et connu pour son potentiel de dangerosité n’ait pas bénéficié d’un suivi régulier à l’extérieur avec l’éventualité d’une réintégration d’office en unité psychiatrique en cas d’arrêt de son traitement ?

Certainement car la psychiatrie public ne dispose pas de moyens financiers et humains pour assurer des suivis de patients qui en ont cruellement besoin.

Et, tant que la classe dirigeante continuera à effacer la psychiatrie de la carte du soin, ces événements se multiplieront dans le temps.

Dans un contexte de faits divers récurrents (Bordeaux, Annecy…) impliquant des personnes nécessitant une prise en charge dans des unités sécurisées que sont les UMD, la réponse du ministère de la santé consiste à fermer 19 lits d’UMD. Drôle de logique !

D’autant plus que la démographie de la Gironde est dynamique et que le centre hospitalier psychiatrique de Charles Perrens situé à Bordeaux, déjà en difficulté, ne sera pas en capacité d’absorber cet afflux de patients à venir.

Les unités pour malades difficiles sont un des maillons essentiels du bon fonctionnement de la psychiatrie. Ce sont des services hospitaliers psychiatriques spécialisés dans la prise en charge de patients qui ne peuvent pas, ou plus, être pris en charge dans les services d’hospitalisation psychiatrique dits classiques*.[ii]

A l’unité Moreau, les soignants font de leur mieux pour accompagner des patients dans un milieu contenant et structurant et font en sorte d’adapter leur prise en charge en fonction de l’évolution du patient. L’unité Moreau s’appuie sur une équipe pluridisciplinaire expérimentée (psychologue, ergothérapeute, infirmier, aide-soignant, ASH, médecin généraliste…)

L’équipe soignante propose aux patients de nombreuses activités à la fois conviviales et thérapeutiques avec une volonté commune d’humaniser le soin.

Les patients de l’unité Moreau ont envoyé un courrier à la direction, en exprimant leurs inquiétudes et leur souhait de rester dans un lieu de soins géré par une équipe avec laquelle ils souhaitent continuer leur prise en charge.

Nonobstant notre travail d’utilité publique, l’ARS (agence régional de santé) de la Gironde vient de cautionner la fermeture de 19 lits d’unité pour malades difficiles sans chercher à trouver d’alternative alors que nous avons proposé des solutions concrètes et applicables pour éviter ce marasme.

Et pourtant, les demandes d’admission pour l’UMD de Cadillac affluent de toute la France. Il ne s’agit donc pas d’un problème lié à une diminution de la demande mais bien d’une volonté de diminuer l’offre de soins.

De plus, nous ne manquons pas de personnel paramédical sur le pôle unité PML (psychiatrie médico-légale), notre pôle reste très attractif. De nombreux soignants venus de la France expriment encore le souhait de venir travailler au sein de l’UMD et les postes vacants sont rapidement pourvus.

Le CH de Cadillac est composé d’un site central (avec des unités d’admission, de longs et de moyens séjours) qui est séparé géographiquement du site où se trouve l’UMD.

Le site central du CH de Cadillac souffre, quant à lui, d’un manque chronique de personnel soignant : 50 postes d’infirmiers à pourvoir dont 25 pour des arrêts longues maladie.

Cette fermeture annoncée vise donc à redéployer les soignants de l’unité Moreau sur d’autres unités de l’hôpital psychiatrique de Cadillac pour pallier au manque de personnel.

Notre expertise, notre expérience et notre intérêt toujours intact pour la spécificité du travail en unité pour malades difficiles n’ont jamais été entendus par la direction de l’hôpital.

Lorsque nous leur avons souligné que cette mobilité forcée aurait pour effet que la quasi-totalité des soignants quitterait le centre hospitalier, la direction nous a répondu qu’elle ne pouvait pas « satisfaire tout le monde. »

Toutes nos revendications et propositions alternatives ont été balayées d’un revers de la main.

Pourtant, nous avons proposé de répartir les 19 lits à supprimer temporairement sur l’ensemble des 4 unités d’UMD. L’unité Moreau aurait ainsi fermé temporairement 7 lits et les autres unités 4 lits.Moreau étant actuellement une unité avec des patients en cours de stabilisation, cela aurait permis un suivi médical moins resserré.

De plus, une autre de nos propositions consistait à accueillir les patients stabilisés des autres unités d’UMD, toujours dans le but de libérer du temps aux 2 psychiatres exerçant sur le pôle et d’éviter une fermeture en attendant le recrutement de nouveaux psychiatres.

Nous sommes habitués depuis longtemps aux techniques managériales issues du monde de l‘entreprise (travail à flux tendus, standardisation des processus, recherche de performance financières…).

Mais si l’on rajoute à cela une direction qui a recours à une surutilisation du pouvoir disciplinaire, du pouvoir d’organisation et du lien de subordination, notre environnement de travail devient de plus en plus pathogène avec des conséquences néfastes sur notre santé.

Nous ne sommes cependant pas la seule unité psychiatrique dédiée aux patients dits difficiles à se retrouver dans une situation dramatique.

Au centre hospitalier le Vinatier (69), 200 lits ont fermé depuis 2020. Les plannings et les rythmes de travail sont constamment modifiés et les arrêts de travail se multiplient. Pour combler le manque de personnel, des soignants remplaçants, sans expérience au sein d’unités pour malades difficiles, sont mobilisés avec pour conséquence une augmentation de la dangerosité et des accidents de travail.

A l’UMD de Montfavet (84), les conditions de travail se détériorent depuis plusieurs années avec un manque de personnel soignant et médical, les prises en charge deviennent logiquement de plus en plus compliquées à assurer dans de bonnes conditions.

Les USIP (unités de soins intensifs en psychiatrie), qui ont pour vocation d’accueillir des patients qui présentent des troubles du comportement majeurs, ne sont pas en reste.

L’USIP de Pau (64) a fermé 7 lits sur les 14 qu’elle comptait du fait d’un manque de personnel.

Et, l’USIP du centre hospitalier du pays d’Eygurandes (19) a fermé, début juillet 2023, 10 lits pour travaux mais sans date de réouverture définie.

Les patients que nous prenons en charges souffrent d’une instabilité sur le plan psychique qui doit être contrebalancée par la permanence des soins. Mais, le turnover et le manque de personnel ne sont pas de nature à leur apporter l’équilibre dont ils ont besoin.

Depuis le début de l’année 2023 et plus particulièrement depuis l’adoption de la loi Rist, plusieurs centaines de lits de secteur psychiatrique ont été fermés, certains définitivement, d’autres de façon ponctuelle.

Hélas, un effet « cliquet » se produit, lors de ces fermetures provisoires, rendant les réouvertures peu probables.
Nous assistons à une attaque sans précédent dans le secteur de la santé mentale (et de la santé en général), la destruction généralisée est en cours et là où le gouvernement devrait déclarer l’état d’urgence pour sauver ce qu’il reste de la psychiatrie publique, rien ne se passe.

Le collectif UMD de Cadillac en danger refuse la fatalité et se bat pour empêcher la fermeture de l’unité Moreau qui nous semble injustifiée et qui peut encore être empêchée.

Heureusement, nous pouvons compter sur le soutien des syndicats et de plusieurs élus pour nous aider à mener ce combat difficile.

En effet, Nathalie Delattre, personnalité politique de premier plan, vice-présidente du Sénat et sénatrice de la Gironde nous apporte une aide précieuse en interpellant le ministre de la Santé à propos de la fermeture injustifiée de l’unité Moreau.

Nous sommes très inquiets quant à l’évolution de cette situation et nous avons besoin de relais populaires et médiatiques pour porter notre message.

N’hésitez pas à relayer cette information pour nous donner de la visibilité et de la force. Merci.

Le collectif UMD de Cadillac en danger.

*[i] Fovet T, Plancke L. et Thomas P. (2018) Prévalence des troubles psychiatriques en prison, Santé mentale n°227, P.36

*[ii] Arrêté du 14 octobre 1986 relatif au règlement intérieur type des unités pour malades difficiles
Article 1 : Les patients relevant d’une unité pour malades difficiles doivent présenter pour autrui un danger tel qu’ils nécessitent des protocoles thérapeutiques intensifs adaptés et des mesures de sûreté particulières, mis en œuvre dans une unité spécialement organisée à cet effet.

Ces patients doivent dans tous les cas relever des dispositions des articles L. 343 à L. 349 du code de la santé publique relatifs aux placements d’office, et présenter, en outre, un état dangereux majeur, certain ou imminent, incompatible avec leur maintien dans une unité d’hospitalisation habilitée à recevoir des patients relevant du chapitre III du titre IV de ce même code.

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(L’insoumission) Psychiatrie : ces révélations chocs sur le centre de Cadillac

13 septembre 2023. Source, cliquer ici

Psychiatrie. La santé mentale est-elle en danger en France ? Oui : près d’un établissement psychiatrique sur quatre a fermé plus de 10% de ses capacités. Cadillac, en Gironde, ne fait pas exception. Manque de 50 à 60 postes, soit près de 10% du corps soignant, plusieurs services fermés depuis 2019, 25 arrêts maladies liés aux conditions de travail qui se dégradent, fermeture de la Polyclinique Médico-Psychologique de Bazas, fermeture de 19 lits de l’Unité pour Malade Difficile de l’unité « Moreau » : voilà une partie des nouvelles qui ont mis le feu aux poudres du personnel de santé.

L’Insoumission sur le CH de Cadillac.

Mardi 5 septembre 2023, les soignants en grève de l’hôpital psychiatrique de Cadillac se sont réunis dans une salle municipale pour lancer un cri d’alerte. Accompagnés par des syndicalistes de la CGT et FO, et en présence du député LFI-NUPES de Gironde Loïc Prud’homme, les soignants ont rappelé le danger : leur hôpital se détruit petit à petit depuis quatre ans.

Une tendance nationale doublée d’une maltraitance locale

Dans le local syndical de la CGT CH Cadillac, Jocelyne Gout, la Secrétaire Générale du syndicat accueille avec quelques soignants Loïc Prud’homme et une poignée de militants de la France Insoumise Gironde venus prendre le pouls sur la situation de l’hôpital. Postes vacants, manque de tout, fermeture de lits et services, le tableau peint est sombre. « On a affaire à soit de l’incompétence, soit une volonté de destruction » indique Jocelyne.

Ce manque de personnels et de lits est un combat qui se fait sentir depuis plusieurs années. Déjà en 2017 et 2018, le secteur de la psychiatrie avait connu un grand mouvement de mobilisations avec le campement du collectif Pinel en Luttes devant l’hôpital psychiatrique d’Amiens et la lutte victorieuse des blouses noires du Rouvray à Rouen. Depuis 2013, le nombre de lits au niveau national est en baisse constante alors que la population ne cesse d’augmenter. Le secteur de la psychiatrie est abandonné.

Sur l’unité Moreau, concernée par l’annonce de la fermeture de 19 lits, l’une des infirmières nous explique : « Le médecin est parti pour burn-out, le cadre de santé est parti pour burn-out, les collègues sont partis en burn-out ». La direction, principale mise en cause par les infirmiers, use en effet d’un paquet de stratagèmes pour épuiser les personnels et faire régner un climat de terreur.

« Ce sont plein de petites choses, mais par exemple ça fait 17 mois qu’ils ne nous ont pas payé le 1er mai », raconte l’une des soignantes. Des petites choses pouvant vite évoluer en menaces directes, comme l’a expliqué un autre soignant : « Un cadre de santé m’a dit : « Si vous sortez avec votre blouse pour faire la grève, c’est un abandon de poste » .

Privatiser la psychiatrie

Si l’hostilité de la direction est bien visible, il y a également l’absence de l’Agence Régionale de Santé qui interroge. En effet, plutôt que de s’inquiéter de la réduction de l’offre de soins psychiatriques sur l’ensemble d’un territoire, l’ARS de la Nouvelle-Aquitaine prône un « travail en réseau sur les différents hôpitaux psychiatriques (à Bordeaux et à Libourne) du territoire ». Une logique difficilement entendable lorsque certaines communes du plus grand département métropolitain seront à plus d’une heure de route du premier hôpital psychiatrique.

Cette vision managériale perd l’un des infirmiers : « Sur l’hôpital public, on a plus de vrais cadres de santé qui connaissent le métier. On a des managers, formés pour manager avec des tableurs Excel, et qui sont là pour nous dire « Je t’interdis de penser, nous réfléchissons à ce qu’il y a de mieux à mettre en place », c’est l’un de nos plus gros problèmes aujourd’hui ». Un autre, ébahit devant les choix de la direction, réfléchit à haute voix : « Je ne comprends pas, on ampute les membres sains de l’hôpital pour aller perfuser les unités malades ».

Mais ce qui inquiète le plus Jocelyne et les infirmiers de l’hôpital, c’est la privatisation de la psychiatrie. Tout comme pour l’hôpital public, des cliniques privées spécialisées en psychiatrie font leurs apparitions sur le territoire, comme les cliniques CLINEA, une filiale du groupe ORPEA.

Une lutte qui paie

C’est donc contre cette destruction de l’hôpital de Cadillac que les infirmiers ont organisé le 5 septembre dernier une réunion publique où de nombreux élus ont été présents. Parmi ces derniers, le député LFI-NUPES de Gironde n’a pas hésité à rappeler son soutien à cette lutte et ses combats contre la fermeture d’un autre hôpital public girondin, l’hôpital Robert Picqué.

Plus de 60 personnes étaient rassemblées salle Ducros à Cadillac pour découvrir en détail la situation de l’hôpital girondin. De cette réunion, des propositions de mobilisations devant l’ARS ont été posées sur la table pour entériner définitivement ce projet de fermeture. Une mobilisation qui a aussi porté ses fruits puisque le conseil de surveillance a voté jeudi 7 Septembre le « gel de tous les projets de restructuration en cours dans l’établissement de santé ». La revendication portée par la CGT d’un moratoire sur l’état de l’hôpital a également été repris par le conseil. « C’est une satisfaction d’avoir été entendu mais pas encore une victoire », commente la déléguée CGT Jocelyne Goût, interrogée par Sud-Ouest.

Par Sacha André