2022-10-04 (Revue de presse) Des internés vous écrivent de l’UMD de Cadillac

• Pour citer le présent article : https://psychiatrie.crpa.asso.fr/829

Document du jeudi 20 octobre 2022
Article mis à jour le 21 octobre 2022
par  A.B.

2022-08-29 - Protestation des patients d’une UMD contre la dégradation de leur prise en charge

2022-06-17 La Cour d’appel de Bordeaux maintient Romain Dupuy en UMD

2022-09-17 - Conférence débat. Naufrage de la psychiatrie : où en sommes - nous ?

2022-10-10 - Compte-rendu de la conférence - débat du 17 septembre 2022

Pour retrouver cet article sur l’édition participative de Mediapart, Les contes de la folie ordinaire, cliquer sur ce lien


Principaux articles de presse relatifs à cette lettre de protestation

Résumé. Des personnes hospitalisées sous contrainte sur mesure préfectorale en unité pour malades difficiles qui saisissent les tutelles d’un établissement psychiatrique pour protester contre l’insuffisance de personnels et le non-sens thérapeutique de leur enfermement, ce n’est pas banal. Ci-après une revue de presse sur une médiatisation initiée par l’avocate de Romain Dupuy et de ses parents.

Dernière nouvelle. Dans un article de Caroline Coq-Chodorge, journaliste de Mediapart, publié le 14 octobre, on lira un intéressant récapitulatif de cette mobilisation des internés du pavillon Moreau de l’UMD Boissonnet en cohérence avec les revendications des soignants de cet établissement.


Mediapart - Le meurtrier Romain Dupuy alerte sur la dégringolade de la psychiatrie française

En Gironde, des patients dénoncent la dégradation, à l’hôpital public, des soins comme des conditions de travail des personnels. Parmi eux : Romain Dupuy, auteur d’un double meurtre en 2004. Il cherche depuis 2018 à rejoindre une unité conventionnelle mais se voit refusé partout, tant les équipes sont fragilisées

Caroline Coq-Chodorge, 14 octobre 2022 à 13h11

Source : https://www.mediapart.fr/journal/fr…

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2022-10-14 Article de Mediapart.

C’est une prise de parole rare, et précieuse, de malades psychiatriques internés dans l’une des dix unités pour malades difficiles de France (UMD), les plus sécurisées de France. Les patient.e.s y bénéficient des soins les plus intensifs, et leurs faits et gestes, leurs paroles et leurs interactions sociales, sont en permanence scrutées par un personnel en nombre.

Dans un courrier adressé le 29 août dernier à la direction de l’hôpital, au ministère de la santé ou encore à l’agence régionale de santé, les 16 patientes et patients de l’UMD Moreau du centre hospitalier de Cadillac (Gironde) témoignent à leur tour de la dégradation des conditions de travail du personnel, dont ils sont les témoins et les victimes.

« Les personnels de santé sont restreints dans la reconnaissance de leur travail », constatent-ils. Cela « induit des arrêts de travail, des infirmiers qui partent de l’hôpital ». « Nous voyons défiler des soignants (CDD, intérim, renforts d’autres unités) » et « nous remarquons, en tant que patients, une diminution importante de notre liberté et une prise en charge des soins dégradée ».

En réponse à nos questions, le centre hospitalier de Cadillac confirme une rotation du personnel colossale dans cette unité, censée fonctionner, selon la réglementation, avec « quatre infirmiers le matin, quatre infirmiers l’après-midi et deux infirmiers la nuit ». Or, du 1er janvier au 30 septembre dernier, l’hôpital a dû avoir recours, rien que pour cette unité, à « 222 renforts » pour pallier des départs, des absences, assurer des gardes.

À Cadillac comme ailleurs, ces renforts sont souvent assurés par le personnel de l’unité, rappelé sur ses repos : « 95 renforts ont été réalisés par des soignants de l’établissement et 90 % de ces agents provenaient de l’UMD Moreau », indique l’hôpital. Les autres renforts ont été assurés par des intérimaires ou des contractuels, anciens de l’établissement, ou « expérimentés », veut-il rassurer.

À l’échelle de l’unité Moreau, le cercle vicieux qui entraîne l’hôpital vers le fond est ici parfaitement décrit : conditions de travail dégradées, absentéisme, rappels sur les temps de repos, épuisement et fuite des soignant·es vers l’intérim qui leur permet de négocier leurs horaires et leurs salaires.

Ce dont les patientes et patients de l’unité Moreau souffrent le plus est la quasi-disparition des sorties thérapeutiques, « seule fenêtre que nous avons sur la société », écrivent-ils. Les patient·es en UMD peuvent en effet bénéficier de sorties à l’extérieur de l’hôpital, par exemple des promenades en ville, toujours accompagnées de deux professionnel·les par patient·e.

Ces sorties sont une manière pour eux de garder un lien avec le monde extérieur, et un espoir en une réinsertion future. « Notre stabilité psychique est primordiale dans notre prise en charge, afin de pouvoir se réinsérer un jour », insistent-ils.

Les alertes de la famille de Romain Dupuy pas prises au sérieux

Parmi les signataires de cette lettre se trouve Romain Dupuy, admis en UMD à Cadillac en février 2005. Il a commis en décembre 2004 un double passage à l’acte meurtrier : il est entré dans un service de l’hôpital psychiatrique de Pau et a tué une aide-soignante et une infirmière, décapitée. Quelques jours plus tard, lors d’un simple contrôle, il a tiré sur des policiers avant d’être interpellé. Diagnostiqué schizophrène, il a été déclaré pénalement irresponsable, n’a donc pas été jugé et a bénéficié d’un non-lieu psychiatrique.

Avant le passage à l’acte de Romain Dupuy, plusieurs services de psychiatrie n’ont pas pris au sérieux sa mère, Marie-Claire, qui n’a cessé d’alerter en parlant des « délires de plus en plus puissants » de son fils. Pendant ces années d’errance médicale, Marie-Claire Dupuy a tout pris en note : les symptômes de la maladie de son fils, le contenu de ses délires, ses demandes d’hospitalisation à la demande d’un tiers, les refus qui lui ont été opposés, puisque son fils niait la maladie et refusait tout traitement, ce qui est un symptôme caractéristique de la schizophrénie.

« À l’époque, la psychiatrie adulte, très centrée sur le patient, ne parlait pas à la famille, reconnaît le psychiatre Michel David, ancien président de la Fédération française de psychiatrie. Il y a quand même eu une évolution, les usagers et leurs familles sont désormais plus impliqués. »

Depuis janvier 2018, tous les médecins qui ont examiné Romain Dupuy ont rendu des avis favorables à son transfert en hospitalisation classique, toujours sous contrainte.

Quinze ans plus tard, mais pour des raisons très différentes, l’institution psychiatrique semble tout aussi débordée. L’UMD n’est normalement qu’un passage pour les malades : la plupart y sont admis à la suite de décompensations violentes, et quelques-uns, comme Romain Dupuy, après des passages à l’acte meurtriers. Tous les six mois, une commission de suivi médical, composée de psychiatres extérieur·es à l’unité, examinent les malades pour décider de leur maintien en UMD ou de leur sortie.

Depuis janvier 2018, tous les médecins qui ont examiné Romain Dupuy ont rendu des avis favorables à son transfert en hospitalisation classique, toujours sous contrainte, mais dans une unité moins dotée en personnel et moins surveillée. Un médecin fait ainsi état d’une « régression des symptômes psychotiques ». Un autre développe : « Patient globalement stable, très conscient des gages qu’il doit donner dans l’hypothèse d’une sortie vers un pavillon traditionnel. » Mais le psychiatre écrit aussi : « Mes démarches pour connaître les futures modalités de prise en charge ont systématiquement échoué. »

À LIRE AUSSI - Derrière l’affaire Romain Dupuy, la tentation de l’internement à vie
24 juin 2022 cliquer sur ce lien

En ce mois d’octobre 2022, tout reste figé pour Romain Dupuy, dont le dossier, jugé encombrant, fait l’objet d’un « ping-pong » entre autorités judiciaires et administratives. Le 23 mai dernier, la préfète de la Gironde, Fabienne Buccio, refuse son transfert. Parmi les raisons avancées, elle indique qu’il faudrait « trouver une équipe médicale particulièrement attentive et solide ». La famille envisage un recours devant la justice administrative.

Or, jusqu’ici, le dossier de Romain Dupuy n’a essuyé que des refus. Il n’est pas question, bien sûr, de le renvoyer vers son hôpital d’origine, ce qui est normalement la règle : le drame survenu à Pau reste un vif traumatisme. Un temps, une unité du centre hospitalier Charles-Perrens de Bordeaux a envisagé de l’accueillir, avec l’accord du chef de service.

Mais la direction de cet hôpital s’y est opposée en expliquant, dans un courrier du 30 septembre 2020, que son établissement « n’a jamais souhaité orienter son offre de soins sur la prise en charge de patients ayant de lourds antécédents médico-judiciaires », et ne dispose « pas d’une unité pour malades difficiles (UMD) ». Cette direction nie ainsi les progrès réalisés par ce malade, qui justifient son transfert en hospitalisation conventionnelle.

J’ai toujours voulu être jugé. Parce qu’ici, je suis condamné à la perpétuité psychiatrique (Romain Dupuy)

Contacté par téléphone dans le bureau de son avocate, Romain Dupuy explique la manière dont il perçoit le traitement qui lui est fait :

« Au début, j’ai cru que je sortirais vite, grâce à mon non-lieu. À l’époque, mes traitements étaient très lourds, je n’étais conscient que l’après-midi. Petit à petit, mes traitements se sont allégés et j’ai compris ma situation : en UMD, on dépend de l’hôpital psychiatrique, du préfet, de l’agence régionale santé. Et les décisions se prennent à la tête du client. Moi, on veut encore me faire payer ce que j’ai fait. »

Aux « jugements de la rue », à ceux qui « pensent que l’UMD est un traitement de faveur », il veut expliquer :

« En UMD, le règlement est dur. On est surveillés du lever au coucher, même dans les rêves ! Il faut demander des autorisations pour tout : lire un livre, regarder la télévision, sortir dans la cour, passer un coup de téléphone. Jusqu’en 2013, je n’ai bénéficié d’aucune sortie thérapeutique. Alors que c’est notre bonheur, notre manière de renouer avec l’extérieur. »

À ses yeux, « l’atteinte à la dignité est plus importante ici qu’en prison » :

« J’ai toujours voulu être jugé. Parce qu’ici, je suis condamné à la perpétuité psychiatrique, même si mon état de santé est stabilisé. Ce n’est plus la maladie qui me dit que je suis persécuté, c’est la réalité. »

« Romain Dupuy réclame une hospitalisation ordinaire, mais toujours sous contrainte, insiste son avocate, Me Hélène Lecat. Juste un petit peu plus de liberté. »

Des dysfonctionnements généralisés

Romain Dupuy n’est pas le seul patient en UMD à ne pas pouvoir en sortir. L’hôpital de Cadillac le reconnaît : il rencontre « des difficultés pour réaliser le transfert de patients en sortie d’UMD, […] en particulier lorsque le patient a commis des actes de violence à l’encontre de personnels ou de patients ».

« La situation de Romain Dupuy est particulière, mais n’est pas exceptionnelle, confirme le psychiatre Laurent Layet, qui a été le chef de service d’une UMD à l’hôpital de Montfavet (Vaucluse). Les patients passés en UMD sont estampillés d’une manière délétère. Souvent, la psychiatrie ordinaire a du mal à les réadmettre. »

Le phénomène n’est pas nouveau mais s’aggrave car « la psychiatrie ordinaire est en grande difficulté », poursuit le docteur Layet. « Les chef de service refusent les patients jugés difficiles dans des services fragilisés. Ils disent : “Comment voulez-vous qu’on les accueille, sans moyens, sans activités, sans surveillance ?” Car les UMD sont au fond les seuls services où les effectifs sont normés, tous les autres ont vu fondre leurs effectifs ».

Les patients se retrouvent en insécurité psychique parce qu’il n’y a plus d’équipe de soins (Jocelyne Goût, secrétaire de la CGT de Cadillac).

Jocelyne Goût, secrétaire du syndicat CGT de l’hôpital de Cadillac, confirme, agacée par la focalisation sur le cas particulier de Romain Dupuy :

« De nombreux patients de l’UMD ne peuvent plus en sortir. Le principal problème reste le manque de personnels, de lits, de places, dans tous les hôpitaux psychiatriques. À Cadillac, 40 lits sont fermés. »

La syndicaliste confirme point par point le récit des patient.e.s de l’unité Moreau.

« De nombreuses unités sont touchées par le manque d’effectifs, le turn-over. La stabilité n’est plus assurée, les patients se retrouvent en insécurité psychique, ne veulent plus sortir de leur chambre parce qu’il n’y a plus d’équipe de soins mais des nouvelles têtes inconnues tous les jours. »

Depuis 2019, il y a eu trois mouvements de grève à Cadillac. En septembre 2022, dans une lettre adressée au ministre de la santé François Braun, la CGT énumère les alertes pour « danger grave et imminent » lancées depuis 2019 par le syndicat dans de nombreux services en raison du manque de personnel, de risques psychosociaux pour le personnel, d’accidents et d’événements graves, d’une « intrusion » au cours de laquelle un patient a été blessé, etc.

Pour les patients, cette « instabilité » chronique des équipes se traduit par « un mélange des patients en soins libres et en soins sans consentement », y compris de mineurs. Faute de lits, certains se retrouvent « hébergés pendant plusieurs semaines sur des lits supplémentaires, type lits de camp », ou, pire, « dans des chambres d’isolement ».

Toute personne privée de liberté devrait être « orientée vers un lieu ou un service dont le régime est adapté », a rappelé la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, en réponse à une sollicitation de Romain Dupuy.

La situation de Romain Dupuy n’est finalement qu’un dysfonctionnement de plus qui porte « atteinte à la dignité et aux droits fondamentaux » des patient·es hospitalisé·es sous contrainte, car toute personne privée de liberté devrait être « orientée vers un lieu ou un service dont le régime est adapté » à sa situation, a rappelé la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, dans un courrier du 26 avril 2021, en réponse à une sollicitation de Romain Dupuy.

« Un patient, dans son processus de réhabilitation, a besoin d’avoir des perspectives de vie, comme n’importe qui, complète le psychiatre Laurent Layet. Il faut aussi avoir confiance dans la médecine. Les malades qui commettent des passages à l’acte violents sont souvent psychotiques. Or, il y a eu énormément de progrès dans la prise en charge de ces maladies. »

Pour Me Hèlène Lecat, son client « n’est pas vu comme un malade psychiatrique stabilisé, comme l’attestent de nombreux médecins, mais comme l’archétype du fou dangereux ».


JIM - Prise en charge en psychiatrie : 18 patients d’UMD sonnent l’alarme

Publié le 27/09/2022.

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2022-09-27 Article du JIM.

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Cadillac, le mardi 27 septembre 2022 – Alors qu’une nouvelle mobilisation pour « sauver » l’hôpital public est organisée aujourd’hui, c’est un courrier singulier qui éclaire la crise actuelle. Adressé à l’ARS (Agence régionale de santé) de Gironde, au ministère de la santé et au contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), il a été rédigé par 18 malades internés à l’Unité pour malades difficiles (UMD) du centre hospitalier psychiatrique de Cadillac (Gironde).

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2022-09-06 Réponse du Directeur du CH de Cadillac.

L’initiateur de cette lettre, qui alerte sur la dégradation de la prise en charge en psychiatrie est connu du grand public : il s’agit de Romain Dupuy, un patient atteint de schizophrénie et auteur du double meurtre de l’hôpital psychiatrique de Pau en 2004 qui avait été largement médiatisé et mis en exergue par Nicolas Sarkozy. Cette missive intervient à un moment particulier dans le parcours de Romain Dupuy qui, malgré des avis médicaux favorables à son placement dans une unité psychiatrique fermée classique, reste interné à l’UMD depuis près de dix-huit ans.

Le 9 juin, une juge des libertés et de la détention de Bordeaux avait aussi considéré que son maintien était « irrégulier » et constituait une « atteinte aux droits du patient ». A la suite de l’appel du parquet et de la préfecture, la cour d’appel a infirmé cette décision la semaine suivante, considérant que le juge judiciaire était incompétent.

Je vous écris de l’hôpital de Cadillac

Ce courrier d’une page dévoilé par Le Parisien dénonce le manque de reconnaissance « tant professionnel que financier » dont souffre le personnel et le turn-over que cette situation génère. « Dans l’application des soins médicamenteux et thérapeutiques, nous les patients avons un besoin crucial de garder une équipe soignante stable, qui nous connaît, pour une prise en charge de qualité », insistent les signataires.

« Il y a à la fois un manque de personnel, beaucoup d’arrêts de travail et des cadres qui ne restent pas longtemps en poste. Ce manque de stabilité est préjudiciable à notre prise en charge » détaille Romain Dupuy, qui témoigne par l’intermédiaire de son avocat Me Lecat.

Pour les malades, cette situation aurait pour conséquences la diminution du nombre de « sorties thérapeutiques ». « Nous nous voyons privés de l’espoir de sortir des murs pour des raisons de manque de personnel », insistent les signataires. « Ces sorties sont cruciales. C’est notre seul lien avec la société, l’unique manière de se sortir de la solitude dans laquelle on est plongé et de ne pas se sentir enfermés comme des animaux » détaille Romain Dupuy qui affirme ne pas être sorti de l’UMD depuis le 15 avril.

« Ces sorties durent six heures, de 10 heures à 16 heures, On se sent comme des civils, on va faire des courses, on va au restaurant. Personnellement, j’aime m’asseoir à la terrasse d’un café et observer les gens dans la rue » relate-t-il. Chaque patient est encadré lors de ces sorties par deux soignants, d’où le besoin en personnel.

« Depuis plusieurs mois, voire des années, nous remarquons en tant que patients, une diminution importante de notre liberté et d’une prise en charge des soins dégradée, malgré le fait que les soignants reviennent sur leur repos pour que nous puissions bénéficier de la meilleure qualité de prise en charge » conclut le texte.

Une démarche soutenue par les soignants

Médecins et paramédicaux ont réagi favorablement à cet appel. Secrétaire de la section CGT de l’hôpital, Jocelyne Goût se dit « totalement en accord avec ce qui est écrit dans ce courrier ». « Cela fait plusieurs années que nous dénonçons le manque de personnel au sein de l’établissement », rappelle cette infirmière en pédopsychiatrie.

« Compte tenu du public qu’il accueille, l’UMD avait toujours été protégé. Si la situation est mauvaise là-bas, vous pouvez imaginer dans le reste de l’hôpital… » estime J Goût membre de la commission nationale psychiatrie de la CGT.

La démarche de ces patients est également soutenue par le collectif Printemps de la Psychiatrie, qui rassemble psychiatres, psychologues et différents professionnels de la santé. « Le Printemps de la psychiatrie dénonce ce système de maltraitance généralisée et sa banalisation. Il exige des mesures d’urgence : remédier à la déliquescence de soins psychiatriques dignes et respectueux des psychiatrisés et traiter l’hémorragie des professionnels de la psychiatrie publique », écrit ce dernier.

« Que les patients se mobilisent en leur nom pour dénoncer les conséquences des politiques publiques, je trouve ça formidable. Ils ne se laissent pas faire mais leur discours ne vise pas les soignants, bien au contraire puisqu’ils les soutiennent » se félicite le Dr Mathieu Bellahsen, un des animateurs du mouvement.

Le praticien évoque également l’importance des sorties thérapeutiques dans le parcours de soins. « Elles ont une vertu clinique car elles permettent aux soignants d’évaluer la manière dont les patients se comportent à l’extérieur. Mais elles ont aussi une vertu thérapeutique car les pensionnaires vont développer un autre lien avec l’encadrement. Au retour, on fait des entretiens pour savoir ce que les patients ont ressenti et ça permet d’orienter les soins. Si vous supprimez ça, il n’y a plus rien. On passe du thérapeutique au gardiennage. C’est d’autant plus important en UMD où l’objectif est de réintégrer une hospitalisation classique. »

Le directeur délégué du centre hospitalier de Cadillac, Philippe Marlats assure sur France Bleu « être attentif aux demandes et attentes des malades » et promet de se pencher « un peu plus dans le détail » sur la question des sorties thérapeutiques.

F.H.

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Le Républicain - Gironde - Dans un courrier, les patients enfermés de l’HP de Cadillac lancent un appel à l’aide

À Cadillac (Gironde), les 18 patients de l’unité Moreau ont rédigé une lettre pour alerter d’une situation critique à l’hôpital. La direction désapprouve et s’explique.

Le Républicain Sud-Gironde - Par Margot Delpech. Publié le 21 Sep 22 à 18:59

Source, https://actu.fr/nouvelle-aquitaine/…

À Cadillac (Gironde), le lundi 29 août, les 18 patients de l’unité Moreau, hospitalisés à l’UMD (unité pour malades difficiles), ont poussé un cri du cœur à travers une lettre. Ils pointent un manque de soignants, une diminution de leurs sorties et une prise en charge des soins dégradés. La direction s’explique.

« En espérant que cet appel à l’aide soit entendu

Seule arme donc pour se faire entendre : écrire.

« Depuis plusieurs mois, voire des années, nous remarquons une diminution importante de notre liberté et d’une prise en charge de soins dégradée. Malgré le fait que les soignants de l’unité reviennent sur leurs repos pour que nous puissions bénéficier de la meilleure qualité de prise en charge. »

Plus loin, on peut lire : « Nous voyons défiler des soignants (CDD, intérim, renforts) d’autres unités […]. En espérant que cet appel à l’aide sera entendu. »

De son côté, Philippe Marlats, le directeur délégué de l’hôpital de Cadillac, a bien pris connaissance de cet écrit. Dans la foulée, il a réagi : « Honnêtement, on va se pencher sur ces faits et ce sentiment de restrictions de libertés ».

« Ce sont les chaises musicales »

« Avec les vacances, les départs, etc, les plannings tournent, et ce sont les chaises musicales. Mais tous les soignants présents à l’unité Moreau sont formés pour assurer les remplacements », assure-t-il face aux plaintes des patients de Moreau. « Nous sommes privés de l’espoir de sortir des murs pour des raisons de manque de personnel », appuient-ils, considérant ces sorties comme la seule fenêtre qu’ils ont sur la société.

En réponse à cette pétition, le ministère de la Santé et de la Prévention a fait part de son soutien, par écrit, quant à la situation, ne donnant pas plus de détails sur son engagement auprès des patients. Malgré une rentrée chargée, la direction devrait se pencher sur ces problématiques prochainement.


Le Parisien - Romain Dupuy, le double meurtrier de Pau, alerte sur la dégradation des soins pour les malades psychiatriques

Publié le 25 septembre 2022. Par Timothée Boutry

Source, cliquer sur ce lien

Enfermé depuis 2004 dans l’Unité pour malades difficiles (UMD) à Cadillac (Gironde), Romain Dupuy est l’un des auteurs d’un courrier aux autorités dénonçant une « structure en souffrance ». Selon les patients, cette situation, dont pâtissent aussi les soignants, altère leur prise en charge thérapeutique et diminue leur espoir de réinsertion

Des patients qui prennent la plume pour dénoncer leur prise en charge thérapeutique, voilà qui n’est guère fréquent. L’initiative est encore plus notable quand les auteurs du courrier figurent parmi les plus sensibles du pays. Le 29 août dernier, 18 patients de l’Unité pour malades difficiles (UMD) du centre hospitalier psychiatrique de Cadillac (Gironde) ont écrit à la direction de l’établissement, à l’agence régionale de santé (ARS), au ministère des Solidarités et de la Santé et au contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) pour se plaindre de la dégradation des soins.

Les UMD accueillent des patients potentiellement dangereux pour eux-mêmes ou les autres et dont l’état de santé nécessite des soins intensifs et des mesures de sécurité particulières. L’initiateur de cette lettre n’est autre que Romain Dupuy, le double meurtrier de l’hôpital psychiatrique de Pau en 2004, reconnu irresponsable de son acte (le jeune homme alors âgé de 21 ans avait tué à coups de couteau une aide-soignante et une infirmière), et placé à Cadillac depuis lors. « L’UMD est en souffrance. Les soignants en pâtissent mais nous les patients encore plus », soutient l’homme de 39 ans, joint par téléphone depuis le cabinet de son avocate Me Hélène Lecat.

Ce courrier d’une page dont nous avons pris connaissance fait d’abord le constat, dans une structure aussi spécifique qu’un UMD, de l’importance du rapport « harmonieux » entre le personnel et les patients. « Cela se dégrade depuis un certain temps », déplorent les signataires de la missive. Ils pointent le manque de reconnaissance « tant professionnel que financier » dont souffre le personnel et le turn-over que cette situation génère. « Dans l’application des soins médicamenteux et thérapeutiques, nous les patients avons un besoin crucial de garder une équipe soignante stable, qui nous connaît, pour une prise en charge de qualité », insistent les auteurs. « Il y a à la fois un manque de personnel, beaucoup d’arrêts de travail et des cadres qui ne restent pas longtemps en poste, éclaire Romain Dupuy. Ce manque de stabilité est préjudiciable à notre prise en charge. »

« Privés de l’espoir de sortir des murs »

Secrétaire de la section CGT de l’hôpital, Jocelyne Goût se dit « totalement en accord avec ce qui est écrit dans ce courrier ». « Cela fait plusieurs années que nous dénonçons le manque de personnel au sein de l’établissement », rappelle cette infirmière en pédopsychiatrie. « Compte tenu du public qu’il accueille, l’UMD avait toujours été protégé. Si la situation est mauvaise là-bas, vous pouvez imaginer dans le reste de l’hôpital… », souffle cette membre de la commission nationale psychiatrie de la CGT.

Les auteurs du courrier déplorent que la principale conséquence de cette carence en personnel est de les priver de sortie thérapeutique. « Nous nous voyons privés de l’espoir de sortir des murs pour des raisons de manque de personnel », insistent les signataires. « Ces sorties sont cruciales, contextualise Romain Dupuy. C’est notre seul lien avec la société, l’unique manière de se sortir de la solitude dans laquelle on est plongé et de ne pas se sentir enfermés comme des animaux. » Sa dernière sortie remonte au 15 avril. « Ces sorties durent six heures, de 10 heures à 16 heures, détaille-t-il. On se sent comme des civils, on va faire des courses, on va au restaurant. Personnellement, j’aime m’asseoir à la terrasse d’un café et observer les gens dans la rue. » Chaque patient est alors encadré par deux soignants, d’où le besoin en personnel.

Le collectif du « Printemps de la psychiatrie », qui rassemble plusieurs professionnels de ce secteur particulièrement en souffrance de la santé publique, a publié un communiqué de soutien à cette lettre. « Que les patients se mobilisent en leur nom pour dénoncer les conséquences des politiques publiques, je trouve ça formidable, applaudit le Dr Mathieu Bellahsen, un des animateurs du mouvement. Ils ne se laissent pas faire mais leur discours ne vise pas les soignants, bien au contraire puisqu’ils les soutiennent. »

« L’objectif est de réintégrer une hospitalisation classique »

Le praticien évoque aussi l’importance des sorties thérapeutiques dans le parcours de soins. « Elles ont une vertu clinique car elles permettent aux soignants d’évaluer la manière dont les patients se comportent à l’extérieur, explique le Dr Bellahsen. Mais elles ont aussi une vertu thérapeutique car les pensionnaires vont développer un autre lien avec l’encadrement. Au retour, on fait des entretiens pour savoir ce que les patients ont ressenti et ça permet d’orienter les soins. Si vous supprimez ça, il n’y a plus rien. On passe du thérapeutique au gardiennage. C’est d’autant plus important en UMD où l’objectif est de réintégrer une hospitalisation classique. » C’est précisément la chute de la lettre : « Notre stabilité psychique est primordiale dans notre prise en charge, afin de pouvoir se réinsérer un jour dans la société. Toutes ces diverses problématiques portent atteinte aux libertés individuelles, nous cloîtrant dans un enfermement et avec une prise en charge thérapeutique minimale. »
Ces mots ont un écho particulier pour Romain Dupuy qui, malgré les avis médicaux favorables à son placement dans une unité psychiatrique normale, reste enfermé à l’UMD depuis près de dix-huit ans, un triste record. Le 9 juin, une juge des libertés et de la détention de Bordeaux avait considéré que son maintien était « irrégulier » et constituait une « atteinte aux droits du patient ». Suite à l’appel du parquet et de la préfecture, la cour d’appel a infirmé cette décision la semaine suivante, considérant que le juge judiciaire était incompétent.

« L’UMD est censée être un sas temporaire. Romain Dupuy est totalement stabilisé, plaide Me Hélène Lecat qui a formé un pourvoi en cassation. Il est victime d’une perpétuité psychiatrique, on veut lui ôter tout espoir. Il n’a plus rien à faire là et qu’il soit à l’initiative de ce courrier le prouve encore davantage. »

Contactée, la direction du centre hospitalier indique qu’elle ne souhaite pas faire de commentaire.


France Bleu Gironde - Le double meurtrier Romain Dupuy dénonce le manque de soignants à l’Unité pour malades difficiles de Cadillac

Lundi 26 septembre 2022 à 17:51 - Par Jules Brelaz, France Bleu Gironde, France Bleu Béarn Bigorre, France Bleu

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2022-09-26 France Bleu Gironde.

Source, cliquer sur ce lien

Les 18 patients de l’Unité pour malades difficiles de Cadillac ont écrit le 29 au ministère de la Santé pour dénoncer « la dégradation des soins ». Parmi les signataires de cette lettre figure Romain Dupuy, interné après un double meurtre à Pau en 2004.

Alors qu’une nouvelle journée de mobilisation dans la santé est prévue ce mardi, c’est une nouvelle illustration de la crise de l’hôpital public. Le 29 août dernier, les patients de l’Unité pour malades difficiles (UMD) du centre hospitalier de Cadillac ont envoyé un courrier au ministre de la Santé pour se plaindre de leur prise en charge thérapeutique et déplorer le manque de personnels soignants. Ils ont également adressé leur missive à l’Agence régionale de santé et au contrôleur général des lieux de privation de liberté.

Une pénurie de soignants qui priverait les patients de sorties thérapeutiques
« Les personnels de santé sont restreints dans la reconnaissance de leur travail et cela nuit à la continuité des prises en charge des patients », écrivent les 18 signataires de la lettre. « Ce manque de reconnaissance tant professionnel que financier, induit des arrêts de travail, des infirmiers qui partent de l’hôpital. »

« En ce moment, nous voyons défiler des soignants (CDD, intérim, renforts d’autres unités » (Extrait de la lettre commune)

Ce turn-over de l’encadrement médical aurait pour conséquence « dramatique » de priver les patients de sortie thérapeutique. « C’est pourtant essentiel pour ces malades-là. C’est leur seul lien avec la société, avec la vie. Ils sont condamnés à l’enfermement dans l’enfermement », affirme Hélène Lecat, l’une des avocates de Romain Dupuy, initiateur et cosignataire de la lettre.

« Ce courrier relaie les demandes que nous faisons depuis des années »

Infirmière et secrétaire du syndicat CGT à l’hôpital de Cadillac, Jocelyne Goût estime que le courrier des patients « met l’accent sur la psychiatrie qui est le parent pauvre de l’hôpital public ».

« C’est une première à l’hôpital de Cadillac »

« C’est vrai que c’est assez nouveau que des malades interpellent le ministre pour dire - nous, on veut être soignés ». La déléguée cégétiste juge « intéressant de voir des patients eux-mêmes mettre en avant le manque de soins parce qu’effectivement s’ils sont à l’hôpital, c’est pour être soignés. Donc ils ont besoin de personnels soignants et de personnel stable et formé. Et ça, ça ne fait que rejoindre nos revendications qui existent depuis bien longtemps déjà. »

« Notre établissement n’échappe pas à la crise des recrutements »

Directeur délégué du centre hospitalier de Cadillac, Philippe Marlats assure « être attentif aux demandes et attentes des malades ». Joint par France Bleu Gironde, il promet de se pencher « un peu plus dans le détail » sur la question des sorties thérapeutiques.

« Nous allons vérifier qu’il n’y ait pas de motifs particuliers qui restreignent leurs libertés publiques »

« Nous avons des personnels en nombre suffisant, d’autant plus sur l’UMD puisque les effectifs sont réglementés. On a un encadrement de soignants de 22 infirmiers et quatre aides-soignants (…) Ensuite, qu’il puisse y avoir effectivement un sentiment d’épuisement des professionnels, c’est tout à fait légitime, respectable. Comme vous le savez, l’hôpital en France est en crise (…) Notre établissement n’échappe pas à la crise ».

Initiateur de la lettre, Romain Dupuy, double meurtrier de l’hôpital psychiatrique de Pau

Dans leur courrier d’une page, les signataires rappellent ce qu’est « une structure de privation de liberté comme l’UMD » Moreau. L’Unité pour malades difficiles de Cadillac accueille les patients pouvant être dangereux pour eux-mêmes et pour ceux qui les entourent. Il s’agit d’hommes ayant souvent défrayé la chronique à l’image de Romain Dupuy. Atteint de schizophrénie, il avait tué en 2004 à Pau une aide-soignante et une infirmière. Reconnu irresponsable de son acte, il est interné en Gironde depuis dix-sept ans.

« C’est quand même une des premières fois où les patients expriment les conditions de travail exécrables des personnels soignants, et les conditions de soins lamentables pour eux », indique Hélène Lecat, l’une des avocates de Romain Dupuy.

Cette lettre intervient par ailleurs en plein bras de fer judiciaire. En juin 2022, un juge des libertés et de la détention a autorisé Romain Dupuy à poursuivre son hospitalisation en dehors de l’UMD de Cadillac. Le parquet a fait appel quelques heures après de cette décision. Et la préfecture de la Gironde, le lendemain. Les avocats de Romain Dupuy ont décidé de se pourvoir en cassation.

Au bas de leur lettre commune, les signatures manuscrites des 18 patients de l’UMD de Cadillac. © Radio France - Droits réservés


La Croix - Psychiatrie, le cri d’alarme de 18 patients d’une unité pour malades difficiles (UMD)

Analyse - Dans un courrier adressé au ministère de la santé, 18 malades, hospitalisés dans l’unité psychiatrique sécurisée de Cadillac (Gironde), dénoncent les conséquences du manque de soignants. Cette lettre a été rédigée à l’initiative de Romain Dupuy, auteur en 2004 d’un double meurtre de soignantes à Pau et enfermé à Cadillac depuis près de 18 ans

Pierre Bienvault, le 26/09/2022 à 19:07 – LA CROIX

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2022-09-26 La Croix.

Source : https://www.la-croix.com/Sciences-e…

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C’est une prise de parole inédite. « Je n’ai jamais vu une initiative de ce type », confirme un psychiatre expérimenté à propos d’une lettre rédigée par 18 patients de l’unité pour malades difficiles de Cadillac (Gironde). Dans ce courrier, notamment adressé au ministère de la santé, ces patients affirment que le manque de personnel soignant altère la qualité de leurs soins et leurs libertés individuelles.

Cet « appel à l’aide » attire l’attention car il a été lancé à l’initiative d’un patient un peu particulier : Romain Dupuy, auteur en 2004 d’un double meurtre qui avait marqué l’opinion, celui des deux soignantes de l’hôpital psychiatrique de Pau. Déclaré pénalement irresponsable par la justice, il est hospitalisé depuis presque 18 ans dans cette unité sécurisée.

Des patients au profil divers

Il existe aujourd’hui 10 UMD en France destinées à accueillir des patients ne pouvant être pris en charge dans un hôpital psychiatrique classique. Il s’agit d’abord de patients, comme Romain Dupuy, dont la justice a estimé qu’ils n’étaient pas en état d’être jugés. Il y a aussi des personnes, condamnées ou en attente d’un jugement, dont l’état de santé ne permettait plus le maintien en prison. « Mais on trouve en UMD de nombreux patients qui ne sont pas sous main de justice mais dont la prise en charge s’avère trop compliquée en psychiatrie classique » , indique le docteur Laurent Layet, psychiatre qui a longtemps été chef de pôle de l’UMD de Montfavet, dans le Vaucluse.

Dans ce courrier, révélé par Le Parisien, les 18 patients de Cadillac soulignent que, dans une structure de « privation de liberté comme l’UMD où les séjours sont d’un minimum d’une année », les relations entre personnels et patients « doivent impérativement être harmonieux ». Or, ce n’est plus le cas au vu de la suite de la missive. Les patients dénoncent la multiplication des arrêts de travail ou les départs de soignants en manque de reconnaissance. « Dans l’application des soins médicamenteux et thérapeutiques, nous, les patients, avons un besoin crucial de garder une équipe soignante stable, qui nous connaît, pour une prise en charge de qualité », écrivent les patients en affirmant voir « défiler » des soignants en CDD (contrats à durée déterminée), en intérim ou venus en renfort d’autres unités.

« Un lien essentiel de socialisation »

« Notre stabilité psychique est primordiale dans notre prise en charge, afin de pouvoir se réinsérer un jour dans la société. Toutes ces diverses problématiques portent atteinte aux libertés individuelles, nous cloîtrant dans un enfermement et avec une prise en charge thérapeutique minimale », affirme le courrier, en précisant que ce manque de soignants prive les patients de sorties thérapeutiques. « Il s’agit de sorties à l’extérieur de quelques heures où le patient est accompagné par un infirmier et un chauffeur. Cela lui permet de faire des courses, aller au cinéma ou juste boire un café. C’est un lien essentiel de socialisation avec l’extérieur. Or, depuis avril, Romain Dupuy n’a pas eu une seule sortie », souligne son avocate, Me Hélène Lecat.

Ce courrier a reçu le soutien du Printemps de la psychiatrie, instance qui regroupe des patients, des familles et des professionnels. « Tout ce qui est dit dans ce courrier est parfaitement exact. Cela fait des années que les soignants de cette UMD sont dans un état de très large épuisement » , indique Jocelyne Gout, secrétaire générale de la CGT à l’hôpital de Cadillac. « Il est important d’écouter ces patients, qui sont là depuis longtemps. Ce qui rend leur avis pertinent », ajoute-t-elle. « Du fait de ces durées de séjour très longues, il est indispensable de tisser des liens thérapeutiques durables avec les équipes soignantes pour obtenir une stabilisation de l’état des patients », ajoute le docteur Layet.

Au-delà de ce courrier, Romain Dupuy continue de se battre pour sortir de cette UMD et rejoindre un service de psychiatrie classique. Depuis janvier 2018, un avis favorable à ce transfert a été rendu par la commission de suivi médical, instance chargée de statuer sur son état de santé. « Tous les experts reconnaissent qu’il est stabilisé sur un plan psychiatrique Mais la préfecture de Gironde continue à s’opposer à tout transfert vers un hôpital classique. Or, le maintenir à Cadillac, c’est valider un enfermement thérapeutique à vie », déplore Me Lecat.


Libération - Les patients de l’hôpital psychiatrique de Cadillac, privés de sortie depuis des mois, sonnent l’alarme

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2022-10-04 Libération.

Dans une lettre rendue publique, 18 patients de l’unité de malades difficiles de l’hôpital Cadillac, en Gironde, s’inquiètent de leur prise en charge, aujourd’hui dégradée faute de personnels.

Publié le 4 octobre 2022, Par Éric Favereau.

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