2020-05-12 (tem) La cruauté en psychiatrie, parlons-en !

• Pour citer le présent article : https://psychiatrie.crpa.asso.fr/764

Document du vendredi 15 mai 2020

par  A.B.

Rubrique témoignages cliquer ici

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Par une personne ayant été psychiatrisée dans le sud la France

12 mai 2020.

Résumé - Optimiste, j’ose espérer qu’il n’y ait pas de rechute et que je vais pouvoir vivre ma vie du mieux possible. C’est cette intention que je porte dans ce récit pour moi-même et pour d’autres en plus d’une volonté de changement social afin que la psychiatrie ne soit plus considérée comme tabou et que des mesures soient prises et appliquées pour stopper ces machines à broyer des vies

1. L’internement sous contrainte est relativement facile

L’internement sans consentement qui est une hospitalisation forcée, effectuée généralement par une tierce personne, reste relativement facile à opérer, une personne seule et n’importe quel médecin dressant un certificat médical suffisent. Et si jamais la personne en question a des antécédents psychiatriques, l’opération est encore plus aisée.

J’en conviens, la maladie mentale est un vrai traitre mais tous les cas psychiatriques ne sont pas pathologiques. Pour les troubles mentaux avérés, certains se rendent d’eux-mêmes vers des structures psychiatriques, d’autres plus rares, ne décident pas de se faire interner n’ayant pas conscience de leur état. Dans ce cas, ce sont les proches du malade à être les premiers alertés et il en va de leur responsabilité d’intervenir et d’enfermer la personne en milieu confiné et isolé, soi-disant pour son bien.

Question : Qui est le plus tranquille après une mesure d’internement ?

Réponse : A mon avis, c’est la personne qui a envoyé l’autre dans l’univers de la psychiatrie. La personne dilemme a été placée, elle est tenue à l’écart de la société car elle dérange et est potentiellement dangereuse pour elle-même et/ou pour autrui. Enfin on va prendre soin d’elle… et comment…

De nos jours, le terme hospitalisation psychiatrique a été remplacé par « soins ».

Vraiment ? Les hôpitaux psychiatriques publics se fichent de l’humain, c’est la politique du chiffre qui prime, comme partout ailleurs. C’est vraiment l’usine et les partenaires sont nombreux.

Ici, ce que j’ai envie de souligner, c’est la privation de liberté sous couvert de la loi en vigueur. Comment est-ce possible de ne pas sentir ses droits bafoués quand une escorte de pompiers et de policiers s’immisce dans votre domicile et vous embarque de force devant le regard des voisins avares de petits potins et qu’on vous oblige à monter dans l’ambulance où l’on vous attache ? Comment ne pas sentir l’injustice monter couplée à l’humiliation publique ?

Alors une fois dans les filets d’un institut psychiatrique, il faut s’accrocher psychologiquement, émotionnellement et physiquement pour deux mois en moyenne, se remettre de la violence de cette rafle où l’on est extirpé de son environnement naturel, une main devant, une main derrière et s’accommoder à cette situation de marginalisation totale.

Tout le monde souffre, surtout la personne concernée. L’impact et les conséquences marquent aussi les proches et laisse des séquelles invisibles qui parfois ne guérissent pas et détruisent les relations.

Notez bien que la plupart du temps, en raison d’un manque de prise en charge adéquate, la maladie mentale se traduit à long terme, par une désinsertion sociale, familiale et professionnelle. Ce type d’expérience peut laisser d’importantes blessures, des fissures intérieures.

Aussi le retard ou les erreurs de diagnostique rendent l’alliance thérapeutique difficile voire impossible.

2. La prise en charge et le traitement du patient

Ce qui me dérange, c’est que la pseudo prise en charge du patient se résume à éradiquer uniquement les symptômes du trouble psychique en décompensant l’état de crise par voie médicamenteuse, sans remonter à l’origine du malaise psychologique et sans accompagner la personne dans cette situation de vie extrêmement délicate.

Il serait intéressant de s’interroger sur le métier de psychiatre… Tabler sur l’expérience plutôt que sur le diplôme et surtout se focaliser sur la rémission et les bénéfices attendus du côté du patient. Car je le rappelle, être thérapeute, c’est avoir choisi un chemin d’accompagnement, d’écoute et d’humilité. Les praticiens sont lourdement mis à l’épreuve de leurs compétences à ce stade.

Dans mon parcours, un seul professionnel dans le privé a su se démarquer par sès qualités, pour dire que les bons éléments sont très rares. Ce psychiatre que j’estime encore bien que je ne le consulte plus, a su m’accompagner dans les moments les plus cruciaux. Sans lui, je ne serai probablement pas là à écrire ces lignes.

Alors peut-être qu’il est temps d’ouvrir la voie à la médecine holistique qui propose une approche globale de l’individu au cas par cas, prenant en considération l’état de santé ou de déficience d’une personne en fonction de ses facteurs émotionnels, physiques, psychologiques et spirituels. Partant du principe que chaque désordre, qu’il soit psychique, physique ou spirituel délivre un message spécifique qu’il s’agit de décoder, d’accepter, de comprendre et de mettre à profit pour notre contribution en ce monde.

Car pensez-vous qu’être soigné en hôpital psychiatrique se limite à ingurgiter un surdosage de médicaments sous contrainte et sous menace de piqûre le cas échéant (cf. article 181 du Code Pénal réprimant la contrainte) ? Être convoqué par le psychiatre du service, à sa guise une fois par semaine ou pas du tout ? Goûter à la malbouffe, des plats préparés dégueulasses sans aucun apport énergétique ? Partager sa chambre à deux ou trois, sans jamais avoir d’intimité ? Se doucher et faire ses besoins dans des parties vétustes et sales ? Et enfin, l’isolement est-il une pratique véritablement bénéfique ?

Pour moi, ce fût un réel cauchemar, hélas à répétition.

Il est très difficile d’adhérer à un « programme de soin » quand on le désapprouve et que le système qui le maintien est violent, menaçant et dévalorisant.

Pour vous donner une idée de la vie vécue de l’intérieur, voici une journée type en hôpital psychiatrique :

7h00 – Réveil obligatoire effectué porte à porte par l’infirmier de service, qui comme il est usé par son travail, emploie un ton inhospitalier déjà de bon matin. « Debout, on se réveille ! ». Allez vite, on change les draps et on file sous la douche minutée.

8h00 – Distribution des médicaments en file indienne, shoot du matin. Tout le monde y passe, autrement les portes extérieures pour la première cigarette ne s’ouvrent pas. La guerre des nerfs est de ce fait quotidienne et démarre à la première heure.

8h30 – Petit déjeuner (un café très light, un morceau de pain, un beurre, une confiture).

9h00/11h30 – Ménage dans les chambres, les patients se retrouvent dans le fumoir ou dans l’espace de cours intérieure fermée et grillagée ou devant les clips musicaux de la partie « salon commun ».

11h30 – Distribution des médicaments, shoot du midi.

12h00 – Déjeuner.

12h30/18h30 – Temps libre de visites pour celles et ceux qui en ont.

18h30 – Distribution des médicaments, shoot du soir.

19H00 – Repas du soir.

19h30/21h00 – Fumoir.

21h30/22h00 – Extinction des feux et distribution de somnifères (un soir un infirmier m’a réveillé pour me proposer un somnifère, je lui ai rappelé que je dormais déjà sans cela…).

Si la patience n’est pas une de vos vertus, elle le devient avec ces méthodes de confinement entre quatre murs. En effet, pour toute demande (prendre rdv avec le psychiatre du service, passer un appel à un proche, etc.), mieux vaut s’armer de patience et de diplomatie car le patient, comme la qualification l’indique, attend du matin au soir, telle est la règle.

Quelques activités sont prévues au programme tel que le sport, l’art thérapie, l’informatique … mais encore faut-il y avoir droit ou y être éligible. Le plein pouvoir décisionnaire est entre les mains du psychiatre du service qui juge ce qui est bon ou pas pour vous, comme pour ce qui est de l’administration excessive de médicaments ou du placement en chambre d’isolement attaché ou pas, piqûre ou pas.

Passer deux mois dans ces conditions, c’est terrible voire traumatisant. Prenons l’actualité en exemple, la covid 19 a plongé le monde entier dans une situation de confinement total et de distanciation sociale avec des libertés restreintes au strict minimum donc comprenez bien que la situation est similaire mais n’a cependant rien à voir avec un internement en HP. J’ai entendu des professionnels de santé parler des conséquences d’une telle situation sur l’état mental des personnes qui dans la majorité des cas a vécu ce confinement comme une épreuve, lourde au quotidien.

Question : Si les pratiques en vigueur sont de véritables soins bénéfiques, pourquoi ne pas ouvrir ce genre de cure et de remise en forme à tous ?

Il est clair que les psychiatres en Institut n’ont pas gagné ma confiance et leurs équipes n’ont pas fait leurs preuves. Les petits chefs et les petits soldats inexpérimentés sont des coquilles vides à mes yeux, veuillez excuser ma franchise mais il est grand temps que cela cesse.

Quand une psychiatre du CMP Notre Dame m’a dit « Le problème c’est vous, vous ne serez jamais guérie, la seule solution c’est la camisole chimique à vie » hum, j’ai compris que la loi du plus fort avait raison. Ou la fois où à l’hôpital Sainte Marie, la psychiatre m’a creusé jusqu’aux larmes pour me dire : « Vous êtes comme Maryline Monroe, quand vous pleurez, votre maquillage ne coule pas. » Qu’ajouter à ça ? Que pour m’obliger à prendre mon traitement une fois livrée à l’hôpital Pasteur, il est arrivé qu’on me jette au sol, plaquée contre le lit les jambes écartées, on m’a immobilisé brutalement en me couvrant la tête avec pression d’une couverture jusqu’à ce que je ne montre plus signe de vie avant de me libérer puis me forcer à avaler un traitement pieds et mains attachés ?

Bref, parlons des fameuses chambres d’isolement ou chambres de soins intensifs (CSI) où avant de rentrer, on vous demande de vous mettre à nu pour ensuite revêtir un pyjama de l’hôpital dans lequel vous rentrez au moins deux fois. Des cellules crades dans lesquelles on vous scrute via la caméra 24h/24, une demi-bouteille d’eau pour la journée ou la soirée, un lit fixé au sol, un drap, un WC, rien d’autre. Une fenêtre voilée où l’on ne perçoit pas l’extérieur. La porte est verrouillée et il faut taper fort et longtemps avant qu’un aide-soignant intervienne selon son bon vouloir. On y mange seul à l’heure des repas portés sur plateau. Les cigarettes sont réduites au nombre de 2 ou 3 par jour… c’est une torture à tous les niveaux pour une durée illimitée. L’hôpital prison, non. Mais comparé à l’univers carcéral, l’enfer c’est l’hôpital psychiatrique.

Interrogez les détenus et les patients, cela ne fait aucun doute.

Pour un tas de raisons, j’ai décidé de témoigner afin que les choses changent, évoluent en faveur des patients. Je ne supporte pas l’idée que mon défunt père ait trouvé refuge dans ce genre d’endroits à Paris et que moi, qui ait séjourné loin de chez moi dans de telles structures désuètes et inhumaines, je reste sans rien dire. Aussi les capacités de récupération d’un état considéré comme normal peuvent être totales et je ne suis pas la seule. Pour cette raison, j’aimerais un peu décristalliser, déstigmatiser le trouble mental car à l’heure actuelle où les burn-out se multiplient, mieux vaudrait accepter que de plus en plus de personnes vont être touchées de près ou de loin par ce type de bouleversement majeur au cours d’une vie et accueillir cet événement comme un incident réparable et non une condamnation irrévocable.

Je termine ce volet par trois points rappels à méditer :

— « Pour le Conseil de l’Europe, la maltraitance est tout acte ou omission, qui a pour effet de porter gravement atteinte, que ce soit de manière volontaire ou involontaire, aux droits fondamentaux, aux libertés civiles, à l’intégrité corporelle, à la dignité ou au bien-être général d’une personne vulnérable. »

— « Le traitement sous contrainte porte une atteinte grave à la liberté personnelle, garantie par la Constitution Fédérale (art. 10 Cst). Le soin contraint doit être compris comme un moyen d’aider une personne qui souffre et non comme celui de la contraindre à faire ce que l’on estime bien pour elle.

— « Primum non nocere », expression attribuée à Hippocrate qui signifie « en premier, ne pas nuire », principe qui s’applique également au soin psychique car ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’intervention chirurgicale, qu’il y a absence de risques. Les effets secondaires des neuroleptiques sont nombreux et bien connus. Les neuroleptiques réduisent nettement l’espérance de vie de ses utilisateurs. Et le pire est que ces substances chimiques influent directement sur le cerveau et coupent la transmission de dopamine qui est l’hormone de la joie et du bonheur. Croyez-en mon expérience d’un an et demi sous piqûre à 400 mg d’Abilify par mois, ce surdosage m’a causé des envies suicidaires multiples. Demandez à ma sœur aînée, comment c’est d’échanger sur fond morbide, obligée de supporter d’entendre de ma bouche que je ne voulais plus vivre dans ces conditions et que rien ne me retenait vraiment en vie.

3. Mes crises et mon expérience en HP

En cinq ans, ma vie a totalement basculé.

J’ai tout perdu sauf mon estime personnelle et ma dignité humaine tout simplement parce-que je m’aime et que je perçois ma vie comme une aventure riche de sens.

Diplômée BAC+5 en Ecole de Commerce puis jeune cadre dynamique en plein essor, je me retrouve à ce jour, avec un double statut d’invalide et d’handicapée. Dans ces circonstances, qui veut m’embaucher ? Et si je présente ma reconnaissance de travailleur handicapé (RQTH), c’est simplement joué d’avance…

J’ai connu quelques relations sentimentales dont la plus longue fût très difficile puisque j’avais choisi un pervers narcissique… 5 ans d’acharnement relationnel avec un avortement à la clé. La carte de la folie fût la meilleure solution qui soit. Mais après tout cela, qui veut m’épouser ?
Je ne m’interroge pas tant sur mon avenir, je préfère vivre pleinement au présent.

J’ai un passé, il compte, il me sert de cadre de référence alors je me donne la peine d’exposer les grandes lignes aux yeux de tous dans la perspective d’un changement véritable. Franchement, je n’ai que faire de paraître absurde car incomprise, mon désir est d’éveiller les consciences et d’alerter sur un problème sociétal auquel nous allons tous, plus ou moins, devoir répondre.

En psychiatrie, la vraie question de fond devrait être : que vous est-il arrivé ?

Alors voici mon récit. C’est en 2014 que je suis passée de l’autre côté. Un choc émotionnel de taille pour une femme qui aurait souhaité une structure familiale solide. Mais si le père de l’enfant n’en veut pas, seule je ne porte pas ce projet. Heureusement que cet enfant n’est pas venu. A chaque fois que je pense à cette âme à laquelle je n’ai pas donné naissance, je me conforte dans ma décision. Avorter était le seul choix pour ne pas reproduire un schéma de famille dysfonctionnel que je connaissais trop bien. Alors oui, cet acte d’interruption de grossesse a été violent, dramatique, il m’a causé une fracture psychique si forte que j’ai repoussé tout mon entourage d’un coup. Je ne voulais plus les voir. Personne ne partageait mon désarroi, l’acte en lui-même n’était déjà pas simple et facile alors les avis, commentaires et opinions de chacun, je m’en serais passé volontiers.

Petit aparté, j’ai une sœur artiste peintre qui vit à l’étranger. Nous sommes très proches. En 2013, nous remontons ensemble dans le temps pour dévoiler une histoire d’inceste familial et c’est le début de l’incompréhension dans notre propre clan. Je travaillais dans une grande association en qualité de Déléguée Communication et Marketing et en raison d’un énième harcèlement moral professionnel, j’ai soldé mon contrat une fois de plus par rupture conventionnelle. En parallèle, je découvre que mon compagnon me trompe depuis six mois et à ce même moment je rencontre un enseignant d’art martial dont je tombe sous le charme et qui devient peu à peu mon idéal masculin.

Après l’avortement, le climat étant à la déprime et au stress, je peignais et je chantais beaucoup pour ne plus penser. Et un fameux soir de l’été 2014, je me suis mise à danser. J’ai dansé toute la nuit puis toutes les nuits jusqu’à entrer en transe. Là, je quittais peu à peu la réalité. Je commençais à entendre des voix tel un accès wifi free. J’avais l’impression de percevoir les intentions des gens, notamment leurs mauvaises intentions. Je captais beaucoup trop d’informations qui ont fini par me rendre gaga par manque de discernement. A cette même période, j’avais décidé soudainement d’arrêter la prise quotidienne du Levothyrox étant convaincue d’être guérie de mon hypothyroïdie. Des prémonitions me venaient, ma mère serait malade et elle allait mourir, ma grand-mère aussi et mon père allait suivre. Je ne verrai plus mon neveu et mes nièces mais je ne savais pas que tout cela allait se produire dans un laps de temps relativement court. Dans mon délire, en plus d’une crise hormonale, mes nerfs lâchent peu à peu par manque de sommeil et d’alimentation, je sombre de plus belle dans d’autres dimensions. Qu’importe, je suis très amoureuse et heureuse, je dépense mon argent excessivement pour m’acheter les plus beaux dessous et les plus belles robes. Je prends mes cafés en terrasse, je déjeune au restaurant, je vais au cinéma, je danse dans la rue et je sautille de joie à chaque retour à domicile. Je n’ai jamais autant pris plaisir à me balader dans les rues, à faire mes courses, à parler à des inconnus en les alertant sur l’état du monde… Je me souviens m’être mise à nue cinq minutes en position du lotus en pleine Promenade des Anglais avant de plonger dans l’eau habillée… Bref, je faisais un tas de choses inhabituelles et réapprenais à vivre avec émerveillement sans me soucier du lendemain.

Pendant tout ce temps, je vivais seule. J’avais bien entendu quitté mon compagnon. Mais impossible d’être tranquille. Il rodait régulièrement au bas de mon immeuble ou se pointait à ma porte pour m’insulter et me dénigrer. Jusqu’à ce qu’il se trouve une nouvelle proie, fière de lui, il venait se pavaner avec elle et son gamin dans ma ruelle. Je m’en foutais royalement enfin, c’est ce que je pensais. Aussi ma mère et ma plus jeune sœur tentaient de m’approcher mais en vain. Je ne changeais pas d’avis. Pire, je les prenais en traitres et je leur adressais un lot de messages agressifs par téléphone.

Le jour ça aller, la lumière me sauvait sans doute. En revanche, les nuits devenaient spéciales avec leur lot de mystères. Il m’arrivait de m’aventurer dehors très tard ou très tôt pour éviter la foule. Une fois de retour, je me mettais frénétiquement à faire du tri dans mes affaires. Je jetais tout ce qui était cassé et non réparable et surtout je bazardais tous mes souvenirs avec mon ex et avec ma famille (photos, fringues, sacs à main, chaussures, etc.) jusqu’au moment où j’ai fini par découper mes vêtements de travail comme si je voulais changer de peau… puis j’ai fini par casser et descendre mon lit, puis tout mon mobilier et le reste de mes affaires. Je pensais sérieusement m’en sortir différemment mais voilà que ma mère et mon beau-frère sont parvenus à me faire interner. Ils ont dû s’y prendre à deux reprises car la première fois, lors de la batterie d’examens à l’hôpital Saint Roch, je me suis enfuie pour rentrer chez moi. Mais la seconde fois, j’ai été violemment séquestrée chez moi en attendant que les forces de l’ordre interviennent et me placent à l’hôpital Sainte Marie. A 34 ans, ce fût ma première expérience de « bouffée délirante aigüe » qui a duré cinq mois dont deux dans le pire HP de la région. Alors oui j’avais besoin d’aide de manière générale mais pas n’importe laquelle.

Je ne garde presque aucun souvenir de cette première hospitalisation. J’étais ultra shooté, je ne voyais pas grand-chose, je bavais beaucoup et je devais m’appuyer sur les murs de l’hôpital pour pouvoir avancer. Personne de ma famille ne m’a vu comme ça, le personnel ayant tenu mes proches à l’écart pendant au moins deux semaines. Ma jeune sœur a décidé au titre de cet épisode, de me placer sous sauvegarde de justice.

Deux mois après, en novembre, je sors grâce à un ami qui vient me chercher. Je me retrouve logée chez ma petite sœur qui à l’issue du weekend change les plans convenus ensemble et me ramène auprès de ma mère… Je retourne illico presto chez mon ex qui me récupère en me disant qu’il ne me forcera jamais à prendre ces neuroleptiques par piqûre ni par voie orale. Je me tire d’affaire comme ça. Mais notre histoire est si moche, que quelques mois plus tard, en février, il profite d’un de mes passages chez ma mère pour me restituer mes affaires sans que je le sache. Je découvre mes sacs de fringues et mes quelques objets dans le hall de l’immeuble. Ma mère ne me fait plus confiance et moi je ne lui fais plus confiance non plus. J’habite une chambre dans son appartement où je fume des pétards pour me détendre le soir venu. Les mois passent et la vie ensemble n’est plus rien, on ne mange plus ensemble, cette fois-ci je ne contribue pas au loyer par manque de moyens financiers et elle m’en veut. Alors elle planque tout, la lessive, le sucre, le café, etc. Nos rapports sont dégradés et moi j’hallucine de vivre cette situation. Puis ma mère soudainement ne va pas bien. Je le remarque. Le 5 mai 2015, elle décède dans mes bras.

Et voilà que la fratrie se dispute et se sépare. Ma plus grande soeur et moi ne comprenons plus notre petite sœur et elle ne nous comprend plus non plus. Malgré ce contexte, je continue à chercher un emploi et je décroche un poste dans la business unit d’une Grande Ecole de Commerce fin mai pour démarrer début juin. Ma plus jeune sœur rend l’appartement de ma mère sans me demander mon avis. Le déménagement a lieu, je suis là et pourtant moi, personne ne m’embarque. Toutes les voitures partent chargées à bloc. Il ne reste que mes affaires. Je suis assise dans le hall et je regarde ma sœur partir. A la porte, elle se retourne et me dit : « J’espère qu’il va venir te chercher ».

Oui il est venu, tard mais il est venu. Je resigne donc pour cette même relation toxique par contrainte.

Je bosse bien mais mon boulot ne me plaît plus du tout. J’ai un compagnon mais ça ne va pas depuis le début… Heureusement, bonne nouvelle, une convocation de la magistrate du TGI de Nice sollicite ma jeune sœur et moi et lève la mesure de sauvegarde de justice en une question : « Que faites-vous pour votre sœur ? ». Réponse : « Rien ».

Bon tout rentre à peu près dans l’ordre, fin décembre 2015 alors qu’est-ce que je fais ? Et bien je quitte mon emploi car c’est du grand n’importe quoi. J’aurais souhaité quitter mon compagnon avant mais comme il a cassé toute la cuisine à coups de poings, j’ai dû réviser ma position. Au bout de trois semaines à la maison, en janvier 2016, une nouvelle bouffée délirante se présente et me voilà internée une deuxième fois à l’hôpital Sainte Marie par mon compagnon et sa mère qui me font vivre une journée infernale afin d’avoir une liste de motifs suffisants pour me faire embarquer. Enfermée, le temps passe et je me défends. La Magistrate de la cour d’appel d’Aix en Provence prononce un internement abusif. Carte chance, je suis placée en hospitalisation libre et je peux sortir si ma jeune sœur veut bien me loger et m’aider à prendre un nouveau départ. A mon grand regret, elle ne le fait pas et insiste pour que je sois de retour en milieu fermé. Ma grand-mère meurt pendant mon hospitalisation et moi, emprisonnée, je ne peux me rendre à son enterrement. C’est ma sœur aînée qui fin avril, vient me sauver la mise, elle me prend sous sa coupe, je quitte le territoire français pour deux mois où je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Ma soeur cuisine de façon très créative, je suis nourrie et entourée, elle est comme une louve pour moi. A présent, quelques forces retrouvées, je prends la décision de rentrer en France où je suis plus à l’aise et où j’ai une situation à régler. Je négocie avec mon ex un retour au bercail contre finances. Pas de problème pour lui qui passe l’été ailleurs. Il a besoin d’argent, je lui prête 4000 euros. Il ne me les restitue pas, ce sont ces mots : « je vais te baiser jusqu’à l’os et après moi, il n’y aura plus personne ». Sympa, n’est-ce pas ?

Entendu, alors en octobre 2016, je me tire, je trouve un appart saisonnier pour six mois. Je suis au chômage, je n’ai plus confiance en moi et l’isolement me joue à nouveau des tours. Je pense toujours à cet homme charmant comme à chaque période de crise et peu à peu je me perds de nouveau.

Début 2017, on m’informe qu’une de mes nièces se fait opérer des poumons, je fonce à l’hôpital Lenval. Ma petite chérie est mal en point, son père est là. Il la débranche des appareils de soin pour qu’elle puisse faire pipi. Je retourne la voir, son parrain est là. J’y retourne encore et là j’ai une altercation verbale avec ma jeune sœur puis je m’en vais. Je n’ai jamais été seule avec ma nièce et pourtant un scénario dramatique m’attend. Quelques jours après, la police frappe à ma porte, ne m’énonce pas le motif de l’arrestation. En cellule, on me présente la plainte, j’aurais porté atteinte à la vie de ma nièce en débranchant les câbles de soin. Non je ne reconnais pas les faits. Comment ma sœur avocate a pu me faire une chose pareille. Moi j’aurais tenté de tuer ma nièce chérie ? Quelle accusation calomnieuse… Je passe la nuit en garde à vue dans un petit trou noir qui pue la merde. Le lendemain, menottée, la police m’accuse par-dessus tout d’avoir chier au sol, au secours ! Je suis placée en hospitalisation d’office pour troubles à l’ordre public et atteinte à la sécurité des personnes sous autorité du préfet, soit en H.O. en hospitalisation d’office qui est la mesure la plus privative en termes de libertés. Considérée comme dangereuse, je n’ai pas eu le droit de sortir même pas dans le jardin de l’établissement. Alors c’est vrai, j’avais pris en grippe tous les politiques du local à l’international, je me foutais de leur gueule ouvertement et je commentais particulièrement l’actualité sur Facebook. Franchement, c’est grave Docteur ? Oui ça l’est. J’ai été hospitalisée trois mois et c’est mon premier amour qui m’a sorti de là. S’en ait suivi une injonction thérapeutique d’un an et demi sous Abilify injection retard de 400 mg… surdosage évident qui m’a plongé dans une phase dépressive pendant toute la durée du traitement jusqu’à ce que je m’en libère grâce au recours à une avocate qui m’a permis de lever le programme de soin en juin 2018.

Petit retour en août 2017, la sœur d’une amie de ma sœur vivant à l’étranger me propose un studio sur le port Marina Baie des Anges, j’accepte cette aubaine. Ah, enfin libre, je retrouve peu à peu mon équilibre, je retrouve mon poids idéal de 52 kilos, un cercle relationnel et mes consultations psychiatriques avec le professionnel de mon choix qui m’accompagne depuis des années et que j’estime tout particulièrement. Je rencontre un super mec, je tombe très amoureuse mais hélas il n’est pas honnête avec moi et je ne le découvrirais que trop tard. Quelques mois plus tard, en février 2019, je quitte mon 15m² pour emménager dans un appartement de 40m² lumineux avec piscine sur le toit de la Résidence, c’est grandiose. Le hic, c’est que je suis en fin de droits pour mes indemnités journalières et que 900€ c’est soudain un peu juste pour vivre. Les angoisses réapparaissent et mes rapports avec mon amie se dégradent. On ne se voit plus. Mes seuls contacts sont à présent mon psy et mon âme sœur de l’époque en qui j’avais confiance et qui connaissaient tous deux mon parcours. Ces deux hommes ont posé sur moi un regard différent et ça m’a profondément touché.

Début juillet 2019, l’histoire sentimentale se solde mal. Il a rencontré quelqu’un et moi il ne me reste que mes yeux pour pleurer. Je prends des vacances de tout le monde mais encore, l’isolement me livre à moi-même et je pars encore dans d’autres sphères. Je dors très peu et n’ai plus suffisamment d’argent pour me nourrir. Je fais appel à la Providence et je vis au jour le jour. Plus ça va et moins ça va, je ne reconnais plus mes proches, je les agresse et je m’en prends à eux comme à tous les gens qui m’ont fait du mal et ça sort brut de décoffrage, comme en 2014, 2016 et 2017. Mais pour une personne comme moi qui a gardé le silence tant d’années, rien d’étonnant à tout cela. C’est début août que la police et les pompiers interviennent. Mon amie que je n’ai pas vu depuis des mois est là, j’ai peur d’elle et de tous les autres. La pression est forte dans mon appartement et je sais d’avance comment va être jouée la partie. Je tente de garder mon calme, je fais de mon mieux pour expliquer mon niveau de sensibilité à l’assemblée mais aucun argument ne fait le poids. Je pars main dans la main avec mon amie qui m’accompagne dans l’ambulance où l’équipe ne m’attache pas cette fois. Vu ma nouvelle situation géographique, je suis conduite à l’hôpital La Fontonne. J’y passe un mois sans aucune sortie à l’extérieur, dans les mêmes conditions qu’à Sainte Marie. Mon amie et sa sœur se rendent compte de l’horreur dans laquelle je suis plongée et après avoir eu écho de mon placement en chambre d’isolement pendant plusieurs jours, mon amie me transfère avec l’aide d’un psychiatre dans une clinique privée. Cette fois-ci, grâce à elle et à ses mouvements, je n’ai pas eu l’obligation de poursuivre mon traitement par injection, ce qui fait une sacrée différence. Je prenais tous les cachets prescrits, trois neuroleptiques et un anxiolytique… Être hospitalisé en clinique est franchement mieux qu’être placé en hôpital psychiatrique public, rien que pour les relations positives avec le personnel soignant, les conditions d’hygiène et la qualité de la nourriture et des espaces verts.

A ma sortie de clinique, je suis allée voir mon Psychiatre, qui a mentionné le trouble de bipolarité alors que les psychiatres en Institut ont tablé sur de la schizophrénie affective. Ah ces médecins et leurs labels… C’est important de savoir de quoi on parle. Les retards ou les erreurs de diagnostique coûtent chers au patients, les loupés sont parfois irréversibles, je vous laisse vous renseigner sur le taux de suicide des personnes atteintes de troubles mentaux. On ne prescrit pas le même antibiotique pour une angine comme pour une grippe, idem selon la pathologie concernée et pour aller plus loin, une fois les symptômes éradiqués, la maladie et sa prise en charge devraient être suffisants pour regagner le cours d’une vie dite normale.

Toutefois, je n’ai tellement pas envie de revivre cette expérience terrible que je ne prendrai pas le risque d’arrêter mon traitement médicamenteux sans être bien entourée, bien comprise et bien aimée.

4. La sortie de l’institut psychiatrique et l’absence d’accompagnement socio-professionnel

La sortie de l’hôpital psychiatrique public est toujours un grand événement puisqu’il s’agit d’une libération.

Lorsque l’on sort d’un hôpital psychiatrique comme Sainte Marie, il n’y a pas d’alternative à l’injection par voie intramusculaire dans la fesse ou l’épaule et cette injonction thérapeutique est obligatoirement suivie dans un centre médico-psychologique (CMP) où l’on doit se rendre pour consulter un psychiatre « cheap » et recevoir son traitement comme à l’abattoir. C’est cela le traitement ambulatoire, c’est un protocole de « soins » sauf que ça ne ressemble en rien à ce que l’on appelle « care » en anglais.

Quand j’ai demandé l’ensemble de mon dossier médical, j’ai presque ri en lisant les observations médiocres de chacun.

Sachez que les psychiatres des CMP sont les psychiatres du pauvre qui ne se posent aucune question existentielle. Chaque rendez-vous a uniquement pour finalité de fixer la prochaine consultation et la date de l’injection suivante. Celui-là de cadre auquel il manque un cadre et l’investissement nécessaire à son bon fonctionnement… bref.

Par conséquent et en connaissance de cause, je déconseille les proches des malades de continuer à pousser les personnes vulnérables et en souffrance dans des instituts de l’État qui ne sont que des répliques d’une société qui n’évolue pas avec son temps.

Les personnes souffrant de troubles psychiques qui sortent d’un tel environnement malsain ont droit à une double peine. Celle d’être malade et celle d’être traité de manière très inhumaine.

« À noter que l’État Français ne propose aucune politique par rapport aux lacunes de postes en psychiatrie publique, ses réactions oscillent entre le déni et l’hypocrisie. La profession semble s’éteindre doucement, sans vision claire pour l’avenir. »

Merci alors de laisser la place aux experts et de se former à l’exigence nouvelle que demande ce métier. Et si vous n’aimez pas ce que vous faites, changez de voie sans hésiter, cela donnera la marge de manœuvre nécessaire pour réduire les coûts tout en obtenant des résultats de guérison. Une fois ces objectifs satisfaits, une réinsertion sociale et professionnelle sera peut-être envisageable. Avant cela, le moindre faux pas sera prématuré et tout projet d’avenir, fragile.

Prenons le modèle innovant de la Norvège, qui a ouvert le premier hôpital sans médicaments et qui dessine la voie à suivre. Le cadre de la prise en charge est idéal, le patient n’étant pas là par punition mais pour se soigner dans un environnement suffisamment harmonieux et riche en activités pour guérir et renforcer le mental. L’éthique est fondamentale et semble cruellement faire défaut aux structures de l’État.

5. Un système bien ficelé

Il semblerait que tous les acteurs impliqués font bloc : police, pompiers, Juge des Libertés et de la Détention (JLD), avocats commis d’office, psychiatres et personnel soignant, mutuelles, etc.

Le fonctionnement des hôpitaux psychiatriques publiques est lamentable. On croirait presque que le manque d’investissement dans les locaux et dans un personnel soignant qualifié soit le plus gros problème auquel doivent faire face ses instituts publiques.

Tout y est coordonné pour une durée moyenne de deux mois avec un coût patient en moyenne de 650 euros par jour pour un adulte, et qui peut s’élever à 916 euros. C’est un réel business. Mais tout est pourtant cheap et dégradé, du matériel au manque de compétences humaines.

Après 7 à 15 jours d’hospitalisation, il est possible de rencontrer le JLD pour faire le point mais en général, c’est uniquement pour officialiser les mesures d’internement et pour prolonger l’hospitalisation jusqu’à son terme.

Si le patient n’a pas les moyens de se payer un avocat, il est pris au piège et il n’y a rien à faire à part attendre la durée écoulée avant de sortir de cette prison. Car tout le monde le sait, les commis d’office n’ont pas beaucoup d’expérience et en règle générale, ne vont pas à l’encontre des décisions du TGI.

6. Des axes d’évolution pour un monde plus humain

« L’Institut Montaigne et la Fondation FondaMental ont publié le rapport en octobre 2014 « Prévention des maladies psychiatriques : pour en finir avec ce retard français » et avancent avec des propositions concrètes en la matière.

Les maladies psychiatriques (schizophrénie, bipolarité, borderline, dépression, autisme et handicap physique et ou mental) représentent un enjeu de santé publique puisqu’elles touchent une personne sur cinq chaque année et une sur trois au cours de sa vie (source Organisation Mondiale de la Santé OMS). Mais à cause d’une terrible stigmatisation, d’un manque d’information et d’investissement des pouvoirs publics dans ce domaine, elles restent largement délaissées.

Lutter contre la stigmatisation des maladies psychiatriques

Partant du principe que l’on a peur de ce que l’on ne connaît pas, « L’Institut Montaigne et la Fondation FondaMental invitent l’Institut national de prévention et d’éducation de santé (Inpes) a développer une plateforme d’information sur les pathologies mentales, ainsi que des programmes de sensibilisation à ces maladies destinés à des publics ciblés, en milieu scolaire, universitaire et professionnel.

Quelques chiffres :
— 3 Français sur 4 pensent que les personnes atteintes de maladies mentales peuvent représenter un danger pour elles-mêmes et/ou pour les autres.
— 2 Français sur 5 associent les maladies mentales à la folie.
— 52% des Français seraient gênés de vivre avec une personne atteinte de maladie mentale.
— 35% des Français seraient gênés de travailler dans la même équipe.
— 30% des Français seraient gênés de partager un repas.

Réorganiser les soins en psychiatrie

Les Agences régionales de santé (ARS) devraient faciliter les liens de l’ensemble des acteurs impliqués dans la prise en charge des patients et affecter des moyens dédiés aux personnes atteintes de troubles psychiatriques.

Quant aux psychiatres, ils sont interpellés sur le développement de formations continues dans le domaine des soins somatiques afin de favoriser l’adéquation entre pratiques cliniques et recommandations professionnelles.

Investir dans la recherche en psychiatrie

Selon les rares estimations disponibles en France, les coûts associés aux maladies mentales représentent 109 milliards d’euros par an (dépenses de santé et de soins, perte de qualité de vie et moindre productivité des entreprises due à une participation à l’emploi plus faible, les maladies mentales étant la première cause d’invalidité et la deuxième cause d’arrêts de travail).

Les moyens consacrés à la psychiatrie en France sont ridiculement bas. Le rapport Karine Chevreul et al. « Public and nonprofit funding for research on mental disorders in France, the United-Kingdom and the United States”, J Clin Psychiatry 2012 indique qu’ils représentent 2% du budget de la recherche biomédiacle soit 21 millions d’euros contre 7% en Grande Bretagne, soit 131 millions d’euros et 11% aux États-Unis, soit 3,9 milliards d’euros.

Seule la recherche permettra de comprendre les causes et les mécanismes de ces maladies, de développer des innovations diagnostiques et thérapeutiques.

En résumé

A l’heure où la prévention constitue un levier essentiel de rénovation des politiques de santé, il y a urgence à inscrire les maladies mentales dans une politique de prévention globale et à repenser les modèles de leur prise en charge à la lueur des progrès accomplis et des pratiques les plus porteuses d’espoir.

Aussi ce qui est attendu du monde de la psychiatrie est avant tout un mode de fonctionnement nettement plus humain, qui considère vraiment la personne souffrant de troubles psychiques comme une maladie et pas autrement. Les relations humaines sont ce que nous avons, en principe, de plus riche alors stop à la torture et à la maltraitance à l’abri des regards publics soit en huis clos.

7. La folie, et si c’était une réponse naturelle à la folie du monde

« Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale que d’être bien adapté à une société profondément malade. » Jiddu Krishnamurti.

Nous êtres humains évoluons dans une société individualiste, capitaliste. Le stress généré nous coupe de notre nature profonde. Notre société est en contradiction constante et nous le sommes aussi. Les cancers et les maladies mentales vont aller crescendo dans les années à venir et ce ne sont que les indicateurs d’une société mal en point et d’individus désorientés.

Nous avons le choix de servir notre propre nature humaine ou de la contredire au service de la société et de ses egos surdimensionnés représentés par une minorité dite d’« élite intellectuelle » qui n’en sont qu’au stade zéro de l’éveil spirituel.

L’esprit est relié à la conscience universelle et conduit à la vérité absolue, donc au bonheur car il ouvre la voie à l’amour inconditionnel. Ce n’est pas l’illusion du confort matériel (biens et possessions, plaisirs superficiels, expériences abrutissantes) qui procure le bonheur ni la sécurité. La quête du bonheur dans notre société est peine perdue, personne ne sort grandi d’une vie d’esclavage ou de non-réalisation personnelle où la matière a tellement pris le pas sur l’humain que même aimer, on ne sait plus faire.

Le conditionnement, le formatage, le conformisme maintiennent l’individu dans sa prison. L’être humain n’est pas libre mais est soumis aux diktats de la société. Il vit dans la peur à bien des niveaux et baigne dans l’inconscient collectif. L’incapacité à freiner le rythme infernal de la société est aussi en cause dans le fait que les individus ne s’épanouissent pas. La majorité vit soit excessivement dans le passé avec regrets et nostalgie ou se projette trop dans l’avenir pensant contrôler son lot d’incertitudes. Comment retrouver le calme nécessaire pour bien penser ?

Tout le monde n’a pas eu la chance que j’aie eue dans mon malheur, celui d’une métamorphose spirituelle, psychologique et émotionnelle. Ces cinq dernières années m’ont permis de devenir adulte et responsable. Je ne me définie plus du tout par rapport à mon ego ni par mon mental, ni par le regard d’autrui mais par l’esprit et c’est une liberté nouvelle. Je suis différente et je l’assume pleinement. J’ai du potentiel et j’en ai conscience.

Je parle au nom de tous mes semblables et au nom des personnes qui ne s’en sont pas aussi bien sorties car soumises aux protocoles de soins et à l’avis, la pression et le contrôle des proches. La plupart sont grisonnants et absents à cause d’une sur-médication ou une erreur d’administration dont les effets secondaires sont multiples : prise de poids, sur-salivation, sensation de lourdeur dans tout le corps, impatience dans les jambes, trouble de la vue, gonflement du visage, ralentissement moteur…

Dans une science médicale où il n’y a pas encore d’étude au cas par cas, nous sommes dans une dispense de traitements générale, identique pour tous, criminel ou pas. Comme dans mon métier Marketing Communication, quand j’ai commencé, nous étions encore à l’heure de l’envoi massif jusqu’à ce que nous affinions notre univers client à des fins stratégiques pour adresser un message sur mesure à la population cible et obtenir un meilleur chiffre d’affaires. Sans doute que le métier de psychiatre perd de sa valeur car il manque d’évolution tant dans le secteur public que privé. Ces professions comme toutes les autres sont pleines de charlatans. La majorité des psychiatres se contentent de bourrer les gens de médicaments (antidépresseurs, anxiolytiques et neuroleptiques). Il faut bien que quelqu’un pointe ce problème catastrophique pour les personnes en demande de véritables soins, d’une écoute et d’un soutien réels.

Aussi tous les cas psychiatriques, je le répète, ne sont pas pathologiques, il y a de nombreux internements abusifs et arbitraires voire des internements dont on ne ressort pas en vie. Dans mon cas ce fût une montée de Kundalini sauvage qui m’a causé une crise existentielle connue sous le terme de bouffée psychotique pour le volet médical et d’éveil ou d’émergence spirituel pour les connaisseurs de la vie. Cette montée énergétique s’est réitérée afin de culminer dans mon centre coronal et terminer le travail qui avait été interrompu par les hospitalisations successives et les lourds traitements médicamenteux.

Aujourd’hui je suis stabilisée grâce à une faible dose quotidienne d’Abilify que j’ai moi-même baissée au minimum dans la perspective d’avoir un traitement de fond sans que ce dernier ne me plombe dans ma vie courante. Optimiste, j’ose espérer qu’il n’y ait pas de rechute et que je vais pouvoir vivre une vie non ordinaire du mieux possible. C’est cette intention que je porte dans ce récit pour moi-même et pour mes semblables en plus d’une volonté de changement sociétal afin que la psychiatrie ne soit plus considérée comme tabou et que des mesures soient prises et appliquées pour stopper ces machines à broyer des vies.



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