2012-12-09 (tem) Pensées d’un impatient • Observations d’une personne qui a connu un internement abusif en H.O.

• Pour citer le présent article : http://goo.gl/QKQnS ou http://psychiatrie.crpa.asso.fr/284

Document du dimanche 9 décembre 2012
Article mis à jour le 9 août 2015
par  CRPA

La psychiatrie vue par un interné en H.O. sur la base de faux certificats médicaux, et suite à des règlements de compte venant de personnes qu’il avait été obligé de de dénoncer car leurs malversations rendait impossible son travail de biologiste.

— Propositions pour une psychiatrie plus neutre.

On lira aussi : 2011-12-22 (art/tém) Témoignage sur un internement abusif : Règlement de compte psychiatrique dans un Centre hospitalier universitaire.

Cf. notre rubrique Témoignages.


Pensées d’un impatient
 

Après être passé dans plusieurs services de psychiatrie, et pour avoir observé les méthodes des psychiatres asilaires, je crois pouvoir faire quelques remarques tout à fait personnelles sur cette spécialité puis émettre quelques souhaits.

Auparavant, quelques rappels historiques peuvent aider à comprendre à la fois les excès et les tentatives d’instrumentalisation que cette discipline subit de la part des pouvoirs politiques, ou plus globalement des pouvoirs de toutes natures.

Au début du XXe siècle, en effet, les asiles servaient à enfermer les aliénés en leur donnant éventuellement un refuge. Le psychiatre avait donc surtout un rôle de police, et un peu à la manière du juge qui décide si un prévenu est coupable ou non, le psychiatre disait si tel ou tel aliéné pouvait bénéficier d’un enfermement, souvent très prolongé. La psychiatrie en était à ses balbutiements, elle n’était ni formalisée, ni standardisée et les médecins qui la pratiquaient étaient soumis à la notoriété publique, à la rumeur et au pouvoir. C’était l’obscurantisme. La psychiatrie n’était pas une science. Mais, en est elle devenue une, en 2012 ?

D’autre part, on sait que la psychiatrie a été utilisée par le pouvoir soviétique pour se débarrasser de ses opposants, mais son utilisation par les Nazis est moins connue. Il est facile en effet d’assimiler le contestataire, l’asocial, le militant à un aliéné, de le faire enfermer à vie voire de l’euthanasier ou le faire stériliser.

Force est donc de constater que la psychiatrie est du côté du pouvoir, du coté du plus fort, du coté de la majorité, de la rumeur et de la notoriété. On verra plus loin à quel point cette constatation peut se vérifier. Cependant, à la décharge des psychiatres, on remarque que la psychiatrie lorsqu’elle est pratiquée par des médecins non-psychiatres, a sans doute des effets encore plus dévastateurs.

Si des méthodes thérapeutiques ont été découvertes, ce socle historique reste enraciné dans la psychiatrie, et il reste un solide point d’appui du pouvoir, surtout lorsqu’il est dictatorial. Par démagogie, ce type de pouvoir exploite les bas instincts présents en chacun de nous pour induire la peur et donc une réaction disproportionnée avec l’importance de la menace éventuellement présente. La psychiatrie est par ailleurs un excellent moyen d’éliminer les opposants ou de les mettre au pli.

Dans cette optique, rien de mieux pour le médecin que de rassembler les témoignages de tiers et de les susciter même pour tenter d’attribuer un diagnostic à son patient. Bien sûr, dans cette démarche, le psychiatre à la différence d’un juge ne vérifie en général rien de ce qui lui est affirmé et prend pour argent comptant les faits et méfaits qui lui sont rapportés alors que parallèlement il met systématiquement en doute les contestations du patient. C’est normal, il est fou. Etonnamment, le psychiatre impute à celui-ci tout ce qu’il entend et n’imagine même pas que des critiques peuvent être émises par des personnes mal intentionnées, manipulatrices et même elles-mêmes profondément atteintes dans leur psyché. Ainsi des mythomanes, des hystériques se voient soudain écoutés attentivement et leur propos sont bus avec délectation. Les ragots les plus infâmes deviennent parole d’évangile. Dans ces conditions, on peut comprendre pourquoi de trop nombreux cas d’internement abusif sont uniquement le résultat de vengeance, de règlements de comptes ou parfois de simple malveillance. Le malheureux patient n’a d’ailleurs même pas la possibilité de donner sa version - on ne la lui demande pas - et il se voit logiquement infliger des diagnostics sévères. De surcroît, ces diagnostics sont diffusés à tous vents, altérant les relations du patient avec son entourage familial, amical et professionnel. Pensez, le Docteur X a découvert que vous étiez un psychotique paranoïaque décompensé avec risque de passage à l’acte, on ne sait d’ailleurs quel acte, à vous de l’imaginer. Une telle trouvaille se clame partout, le savant a enfin trouvé. On ne s’étonnera donc pas qu’en psychiatrie, le secret médical fasse figure de postiche probablement destinée à occuper quelques utopistes, juristes et autres empêcheurs de danser en rond.

Pour ces messieurs-dames, le fait d’en appeler à la justice est de toute façon un symptôme grave de paranoïa. La justice, en effet, c’est eux. Mi flics, mi-sorciers, les psy ont leur propre code, leurs propres lois qui leur autorise bien des choses. Cette pseudo science leur permet de deviner ce dont le commun des mortel n’a pas conscience. ’Je sais que vous avez envie de faire l’amour avec moi. Je le sais mieux que vous. Je vous aurai.’ avait ainsi déclaré à l’une de ses infirmières un psychiatre condamné pour harcèlement sexuel. Globalement, de toute façon, leurs jugements sont incontestables et incontestés. Pour un présumé patient, le fait de contredire le fruit de leurs cogitations est tout simplement un signe de plus de psychose profonde et ajouté à un dossier médical proche du casier judiciaire.

Les psychiatres savent bien qu’un diagnostic de trouble de la personnalité, un diagnostic de psychose - vrai ou faux - vous expédie plus sûrement à des enfermements prolongés que beaucoup de crimes de droit commun et ils abusent parfois de ce terme. Ils en abusent particulièrement lorsqu’il s’agit de sanctionner quelqu’un parce qu’il n’a pas été assez docile à leurs yeux, ou bien pis, lorsqu’il essaie de se défendre en faisant valoir ses droits auprès d’un juge. Un véritable chantage est ainsi instauré chez les patients enfermés sous contrainte. C’est totalement inacceptable. D’autant que l’internement, surtout lorsqu’il n’est pas justifié, peut lui-même vous conduire à la dépression, il peut vous faire entrer artificiellement dans une spirale pathologique avec des enfermements prolongés, voire à vie… parfois même jusqu’à ce que mort s’ensuive. Les psychotropes font cela très bien, puisque certains détruisent lentement votre système nerveux. Pour s’en convaincre, il suffit de voir un patient qui a reçu - pour son bien - des doses importantes de neuroleptiques incisifs pendant une dizaine d’années : quand il n’a pas subi un syndrome malin, ce patient ne peut plus faire nombre de gestes banaux de la vie courante. De plus un surdosage, une déficience hépatique ou rénale, une erreur de compatibilité médicamenteuse, très probables pendant une durée aussi longue, aidera le courageux thérapeute dans ses œuvres. Il ne sera jamais inquiété.
Refusez de prendre ces cochonneries, vous vous retrouvez jeté au cachot jour et nuit, avec seulement quelques minutes de sortie chaque jour, sans pouvoir communiquer avec qui que ce soit, et votre diagnostic — votre verdict — en sera alourdi d’autant. Voila la loi psychiatrique.

Personne ne voudra vérifier ou contester leur diagnostic, surtout pas le commissaire de police, ni le maire de la commune, ni le préfet chargé de prononcer l’enfermement. Les juges aussi sont bien obligés de faire confiance aux certificats médicaux alors qu’ils ne sont la plupart du temps qu’une caricature de la situation réelle de la personne concernée quand ils ne sont pas truffés d’accusations mensongères.

Heureusement tout de même, quelques psychiatres font leur travail consciencieusement — le mot conscience prend ici tout son sens — et font preuve d’une grande circonspection, n’agissant strictement que dans l’intérêt du patient. Trop peu malheureusement.

Lorsqu’on parle d’hospitalisation sous contrainte, on se focalise sur la sécurité des personnes, et non sur les droits de la personne psychiatrisable. Or il a été démontré que proportionnellement le nombre d’agressions provenant de malades mentaux est plus faible que celui généré par la population générale considérée comme normale.
D’autre part, si les rares accidents causés par des patients sont surmédiatisés, les nombreux internements abusifs dont sont victimes chaque année d’autres ’patients’ sont eux totalement passés sous silence, ils n’intéressent personnes. Une approche visant à connaître le nombre d’internements abusifs n’a même jamais été entreprise et malheureusement, en France, on enferme pour un oui ou pour un non. Malheureusement en France, des médecins, des psychiatres, grossissent fortement le trait dans leurs certificats pour être sûrs que leur patient sera bien enfermé. Parfois, de faux certificats sont même émis, et au besoin on les antidate.

J’ai fait moi-même cette triste expérience d’un internement que je considère abusif, dans l’hôpital où j’exerce, par mon médecin du travail, après avoir dénoncé des malversations couvertes par un directeur et par un chef de département. Ledit médecin du travail ne m’a pas caché qu’il avait été directement commandité par la direction.

Je me suis, moi, retrouvé enfermé avec confiscation de tous mes effets personnels, impossibilité de communiquer avec qui que ce soit, obligé de me déplacer jour et nuit pieds nus, et en pyjama, ceci pendant plus d’une semaine. J’ai passé la première journée à dormir car ces éminents praticiens avaient failli m’empoisonner avec des doses massives de Séresta. Tout cela était fait bien sûr exclusivement pour mon bien et pour extirper de moi la dépression dont je souffrais.

Les professionnels du secteur ne semblent pas réaliser ce que signifie un internement de un, deux ou plusieurs mois. Le ’malade’ n’en sort jamais guéri, mais il est par contre souvent blessé plus ou moins profondément par la dépersonnalisation, l’infantilisation, la négation de ses droits élémentaires qu’il a du subir dans sa prison sanitaire. S’y ajoute en plus une réputation indélébile d’interné auprès de son entourage personnel et professionnel. Le pauvre taré n’a plus aucune crédibilité, il perd ses amis, il perd son travail, il devient suspect même dans sa famille. Si on lui crache au visage dans la rue, il ne peut même pas porter plainte, celle-ci sera classée sans suite pour irresponsabilité.

Est-il normal - dans un pays démocratique - de laisser plusieurs centaines de personnes subir indûment de telles maltraitance. Est-il même normal de faire subir ces traitements à des personnes réellement malades ? Est-il normal de laisser des personnes - fussent elles médecins ou psychiatre - se substituer à un juge pour enfermer sans aucune enquête véritable un honnête citoyen ? Est-il normal que dans de telles conditions, les médecins et psychiatres se laissent aussi facilement manipuler par des individus en quête de vengeance ou de tout autre but non avouable ?

Il faudrait au contraire empêcher les médecins et autres psychiatres de jouer les shérifs en sanctionnant des faits ou méfaits non vérifiés.
L’internement ne devrait strictement avoir lieu qu’en cas de dangerosité évidente et avérée ou bien en cas de troubles psychiques profonds interdisant l’autonomie de la personne. Ainsi, l’internement devrait être exceptionnel alors qu’il est devenu une formalité en France pour toute personne souffrant peu ou prou de troubles psychologiques, or les récentes éditions des DSM nous montrent que 50% de la population ou plus pourrait facilement tomber dans ces critères.

Pour éviter ces dérives, il faudrait que les médecins rédigeant les certificats médicaux ne se connaissent pas l’un l’autre et surtout n’aient pas connaissance de leurs certificats respectifs. La recopie avec de petites variations semble en effet être une habitude courante chez les certificateurs.

Si les deux certificats montrent soit une dangerosité extrême, soit des troubles de gravité telle que la personne ne peut pas s’auto-suffire, l’admission serait prononcée, si les deux certificats discordent, alors on pourrait demander un troisième examen, si possible psychiatrique, fait par un praticien ne connaissant aucun des deux autres certificateurs ni leurs certificats. La décision serait alors prise à la majorité de deux contre un.

Cette démarche pourrait introduire un peu d’objectivité dans les internements, alors qu’actuellement ils semblent plus dépendre à la fois de la rumeur et de l’état d’esprit du psychiatre. C’est inadmissible dans une démocratie digne de ce nom et cela conduit aux abus que nous connaissons.



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