2012-10-16 (art/tem/ho) Un internement abusif au CHD Georges Daumezon de Fleury-les-Aubrais (Loiret) rapporté par La République du Centre

• Pour citer le présent article : http://goo.gl/xvsyM ou http://psychiatrie.crpa.asso.fr/278

Document du mardi 16 octobre 2012
Article mis à jour le 23 août 2019
par  CRPA

Cette affaire concerne une jeune femme, adhérente au CRPA.

Voir également notre rubrique Témoignages.

Cf. décision du tribunal correctionnel d’Orléans, sur notre site : 2013-01-23 (cm-crpa/audio) Radio Libertaire - L’Entonnoir • Condamnation à quatre mois de prison avec sursis pour faux certificats médicaux en vue d’un internement .


Source : http://www.larep.fr/loiret/actualit…

La République du Centre

Son combat pour récupérer ses enfants

Alexandre Charrier — 16 octobre 2012

Victime d’un internement abusif, Valérie tente, depuis deux ans, de faire reconnaître par la justice qu’elle ne représente pas de danger pour son fils et sa fille. En vain.

« Vous me croyez ? » Valérie cherche dans les yeux de son interlocuteur l’approbation. La voix est douce. Mais cette femme de 33 ans s’applique à canaliser son flot de paroles. Elle sait que l’énergie qu’elle déploie pour faire reconnaître son statut de victime n’est pas toujours du goût de tout le monde. En particulier de la justice.

Jusqu’en 2009, cette femme élégante menait une vie de famille épanouie avec son mari et ses deux enfants. Une maison à Ingré, un époux chef d’entreprise, un train de vie confortable… Puis, les disputes et les premiers coups sont venus, selon les dires de la jeune femme qui soupçonne alors des infidélités de la part de son mari.

« Aucun traitement administré »

Un an de déchirements, jusqu’à ce 11 juin 2010. Après une énième dispute, Valérie est emmenée contre son gré, par des policiers agissant sur décision préfectorale, au centre hospitalier Daumezon. Sous les yeux de ses enfants.

Elle y restera un mois. Sans comprendre comment elle a pu faire l’objet d’une hospitalisation d’office alors qu’elle n’a aucun antécédent psychiatrique. « Personne ne vous explique ce que vous faites là. Heureusement que ma sœur était là pour m’aider à en sortir ».

Valérie va se battre sur deux fronts : passivement, en refusant tout dialogue avec les médecins. Et plus activement, en saisissant le juge des libertés et de la détention, alors que se profile une prolongation de trois mois de son internement.

Le magistrat chargé d’examiner son cas trouve un dossier vide : « Aucun traitement » n’a été administré à Valérie après un mois de présence à Daumezon. Si des traits de personnalité « paranoïdes » ont pu être décelés, aucun élément sur une quelconque dangerosité n’est avéré.

Le juge décide de lever la mesure d’hospitalisation d’office. La préfecture, à l’origine de cette décision, fait appel. Mais le jugement est confirmé. Début juillet, Valérie est de nouveau libre de ses mouvements. Mais n’en a pas fini pour autant avec la justice. C’est maintenant devant le juge pour enfants qu’elle doit faire reconnaître qu’elle n’est pas un danger pour son fils et sa fille.

« La faire passer pour folle »

Et la tâche n’est pas une mince affaire. En se penchant sur son dossier médical, elle découvre que son mari s’emploie depuis plusieurs mois à la « faire passer pour folle », multipliant les courriers auprès du procureur et de la préfecture. Des lettres dans lesquelles il évoque les délires mystiques de sa femme, qui fréquente effectivement une église évangélique « controversée », selon l’Association de défense de la famille et de l’individu, et va même jusqu’à agiter le risque d’un suicide collectif de son épouse et de ses enfants.

Un certificat établi sur la base d’une vidéo

Ses dires auraient pu apparaître fantaisistes aux yeux des pouvoirs publics s’ils n’étaient étayés par un certificat rédigé par le médecin de la famille. En avril 2010, ce praticien ingréen affirmait ainsi que sa patiente (qu’il disait avoir « examinée ce jour ») était capable d’« accès de violence » et pouvait s’avérer « dangereuse pour elle-même et son entourage ».

Problème : la jeune femme ne s’est jamais présentée dans son cabinet ce jour-là… Lors d’une conciliation organisée devant le conseil de l’ordre des médecins, un an plus tard, le docteur reconnaîtra avoir rédigé son certificat sur la base d’une vidéo tournée par le mari, lors d’une dispute.

Une véritable expertise a, entre-temps, été réalisée à la demande de la jeune femme, par le docteur Jonas, médecin au CHU de Tours, en février 2011. Ses conclusions ne souffrent aucune ambiguïté. Le praticien ne relève « aucun trouble psychiatrique, aucune perturbation du fonctionnement personnel qui pourrait constituer une perturbation dans la prise en charge de ses enfants ». La conclusion ne suffit pas à la justice. La juge des enfants demande une nouvelle expertise. Valérie refuse de s’y soumettre. Et entame une procédure.

Aujourd’hui, Valérie a retrouvé un emploi et un logement. La garde des enfants est toujours confiée au père. Elle voit son fils et sa fille seulement deux heures par semaine. Dans un endroit neutre.



Publications

Derniers articles publiés

Agenda

<<

2020

 

<<

Janvier

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
272829303112
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Sur le Web

21 janvier - Le 1er février, fêtons les 75 ans de l'ordonnance de 1945 !

21 janvier - Représentants à la Commission d'avancement

17 janvier - Projet de suppression de conseils de prud'hommes : notre lettre ouverte à la ministre

15 janvier - Ethique à Christomaque

14 janvier - Une lettre de notre collègue Claude Schauder en défense de la psychanalyse

10 janvier - Notre recours devant le Conseil d'Etat contre le décret du 11 décembre 2019 réformant la procédure civile

10 janvier - L'heure est grève

7 janvier - Notre appel à la grève pour le 9 janvier

3 janvier - L'USP répond à la députée Martine Wonner qui demande l'interdiction de la psychanalyse

Décembre 2019 - Action de groupe : nos observations devant la mission d'information

Décembre 2019 - Observations sur le projet de loi de révision de la loi relative à la bioéthique

Décembre 2019 - Attaques contre l'Etat de droit en Pologne : il faut réagir !

Décembre 2019 - Publication de rapports de visite

Décembre 2019 - Réforme de l'ordonnance de 1945 : nos observations actualisées

Décembre 2019 - Agenda syndical 2020

Décembre 2019 - Recommandations en urgence relatives au centre pénitentiaire de Nouméa (Nouvelle-Calédonie)

Décembre 2019 - Recrutements latéraux : notre lettre ouverte à la garde des Sceaux

Décembre 2019 - Nos observations sur la proposition de loi visant à lutter contre les contenus haineux en ligne

Décembre 2019 - Communiqué commun des organisations syndicales des personnels médicaux hospitaliers, des internes et des étudiants : La mobilisation des professionnels de l'hôpital public ne faiblit pas

Décembre 2019 - Communiqué commun d'appel à la grève le 17 décembre

Décembre 2019 - Motion intersyndicale USP-CGT-FO du CHS de St-Ylie-Dole

Décembre 2019 - La rapporteure LREM de la mission parlementaire sur la psychiatrie, Madame Wonner, écrit à l'USP

Décembre 2019 - Madame Wonner députée de LREM et rapporteure d'une récente mission parlementaire sur la psychiatrie signe une pétition pour l'interdiction de la psychanalyse

Décembre 2019 - Les « troubles neurodéveloppementaux » : analyse critique par Anne Delègue, pédopsychiatre, octobre 2019

Décembre 2019 - Les violences interpersonnelles dans les lieux de privation de liberté