2011-10-16 (art) Le Progrès.fr Rhône : Des salles de tribunal dans les hôpitaux psychiatriques

• Pour citer le présent article : http://goo.gl/exN7T ou http://psychiatrie.crpa.asso.fr/165

Document du dimanche 16 octobre 2011
Article mis à jour le 10 avril 2014

Cet article du Progres.fr Rhône, du 16 octobre 2011, relate une audience de contrôle obligatoire des hospitalisations psychiatriques sans consentement dans la salle d’audience spécialement aménagée de l’hôpital psychiatrique du Vinatier à Bron (Rhône).

On observera que cet article dit clairement que peu de patients contraints demandent au juge des libertés et de la détention à quitter l’établissement. Cela correspond à ce que des observateurs et des témoins peuvent attester de la vie psychiatrique usuelle. Il serait néanmoins préférable que ces patients qui sont demandeurs aux soins, puissent accéder à la psychiatrie publique par les prestations de secteur et le service libre, au lieu d’être contraints au clash et à l’internement, par les carences d’un service public psychiatrique de plus en plus consacré à la contrainte.


Lien vers cet article sur le site du Progres.fr :
http://www.leprogres.fr/rhone/2011/10/16/des-salles-de-tribunal-dans-les-hopitaux-psychiatriques

« C’est une loi qui est passée inaperçue du grand public mais pas de ceux qui sont directement impactés. Les juges, les hôpitaux psychiatriques, les médecins l’ont prise de plein fouet. Une sacrée épine dans le pied au beau milieu de l’été. Depuis le 1er août [2011], les hospitalisations psychiatriques sous contrainte (1) sont surveillées de très près par la justice. Pas question « d’interner » une personne sans qu’elle donne son avis.

Et ce n’est plus le médecin seul qui est au chevet du malade mais un juge. Car la justice est désormais présente au sein même des établissements. Les trois hôpitaux de l’agglomération lyonnaise (le Vinatier, Saint-Jean-de-Dieu et Saint-Cyr-au-Mont-d’Or), abrite depuis le 1er août un tribunal. Une petite révolution, même si avant la loi du 5 juillet 2011, un patient pouvait contester son internement en saisissant un juge des libertés et de la détention (JLD). Aujourd’hui, le JLD siège à l’hôpital. Au Vinatier, le tribunal s’est installé dans les sous-sols du bâtiment de direction au rythme de deux audiences par semaine.

La porte s’ouvre sur une salle aux murs blancs. Une grande table, deux sièges rouges et derrière, une rangée de fauteuils blancs pour le public éventuel. La juge Isabelle Bloch s’installe avec sa greffière. Pas de décorum ni de robe : cela perturbe les malades. C’est sa troisième audience ici. « On était le dernier pays d’Europe à ne pas contrôler les hospitalisations. »

Les infirmiers font rentrer X, un agent de la SNCF. Il a voulu se jeter dans la Saône et son médecin l’a fait hospitaliser. « Vous êtes d’accord pour rester ici ? », interroge la juge. « Je subis mais c’est prématuré que je sorte ». Les médecins craignent qu’ils ne se sauvent de l’hôpital. X restera quelques jours, puis sera suivi en ambulatoire. Entre une vieille dame élégante. « Je suis là avec l’accord de mon neveu mais je pensais être en maison de retraite ». La dame chiffonne un sac en plastique et tient des propos confus. Les minutes passent. La juge la raisonne, son avocate aussi. La grand-mère ergote. L’infirmier s’impatiente : « Il faut l’arrêter sinon elle va continuer ».

À raison d’une quinzaine de malades par audience, le temps est compté. Suivent une institutrice dépressive, une alcoolique, des détenus qui ne comprennent pas ce qu’ils font devant un juge. Au terme de la journée, peu auront réclamé de quitter l’hôpital. Ils demandent un téléphone, des occupations, ils posent beaucoup de questions auxquelles ne peut pas répondre la justice. Ce jour-là, douze hospitalisations sur quatorze ont été maintenues par le JLD, les deux autres affaires ayant été renvoyées pour complément d’information.

(1) On distingue les hospitalisations à la demande d’un tiers (famille, proche) et les hospitalisations d’office sur décision du préfet quand la personne risque de causer des troubles à l’ordre public.

Annie Demontfaucon »


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