« L’Assemblée a voté mardi le projet de loi réformant l’hospitalisation d’office (sic Afp), dénoncé par les syndicats de psychiatres comme « sécuritaire », et qui intègre l’intervention du juge judiciaire au-delà de 15 jours, comme l’impose le Conseil constitutionnel.
Ce texte, dont la genèse remonte à fin 2008, après le meurtre d’un étudiant à Grenoble par un malade enfui de l’hôpital, instaure une nouvelle possibilité : les « soins » ambulatoires sous contrainte et non plus seulement l’hospitalisation.
Très complexe, car articulant santé, liberté, et sécurité, le texte a suscité la colère de tous les syndicats de psychiatres, rejoints par des syndicats de magistrats, qui le jugent « plus sécuritaire que sanitaire ».
Il a toutefois été voté mardi en première lecture sans anicroche par 266 voix contre 147, à l’image du bref débat qu’il a occasionné dans l’hémicycle.
Ce vote intervient juste quelques jours après que le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, a dénoncé l’attitude de plus en plus frileuse des préfets pour accorder aux patients des sorties d’essai, et a fortiori de prononcer des mesures de fin d’hospitalisation d’office.
Le PS a voté contre ce texte « bancal ». Serge Blisko a ainsi regretté qu’il soit « imposé par le tout sécuritaire » et « basé sur la méfiance » à l’égard du patient, « criminel en puissance », et « du corps médical ». Il s’est par ailleurs inquiété des « 1000 postes de psychiatres non pourvus dans les hôpitaux publics ».
Au cours des débats, la secrétaire d’État à la Santé, Nora Berra, a promis un « plan santé mentale » pour l’automne. Réfutant le qualificatif de « sécuritaire » accolé au projet, notamment par le collectif des « 39 contre la nuit sécuritaire », elle l’a au contraire jugé « équilibré ».
Un terme repris mardi par Jean-Luc Préel (Nouveau Centre). « Il renforce le droit des patients », s’est félicité André Flajolet (UMP) et constitue « une réponse » aux difficultés avancées par M. Delarue.
Jacqueline Fraysse (ex-PCF) a elle fustigé « une loi d’affichage » et regretté qu’« aucun moyen n’ait été accordé à la justice » pour « accomplir la tâche supplémentaire » occasionnée par l’intervention d’un juge judiciaire au-delà de 15 jours.
Le texte instaure également une possibilité d’hospitalisation d’office en cas de « péril imminent » et une période d’observation de 72 heures, qualifiée de « garde à vue psychiatrique » par ses opposants. Ceux-ci ont déploré la mise en place d’un « casier psychiatrique », ce que réfutent le gouvernement et le rapporteur UMP. Il renforce aussi le dispositif de suivi pour les personnes déclarées irresponsables pénalement ou ayant séjourné dans une « unité pour malades difficiles ».
Quelque 70 000 personnes sont hospitalisées sous contrainte chaque année, soit à la demande d’un tiers (60 000 cas) ou d’office en cas d’atteinte « à la sûreté des personnes » ou « à l’ordre public » (10 000 cas).
Une personne sur cinq souffre ou souffrira au cours de sa vie d’un trouble mental, ont rappelé députés et gouvernement lors des débats. »
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