2011-03-16 (art) La psychiatrie publique, en panne de révolte • Libération,

• Pour citer le présent article : http://goo.gl/VvQ2N ou http://psychiatrie.crpa.asso.fr/64

Document du mercredi 16 mars 2011
Article mis à jour le 1er janvier 2020

La plume et le bistouri :
Santé privée-santé publique, regards croisés

« La psychiatrie publique, en panne de révolte » par Éric Favereau

Comment ne pas être perplexe, voire troublé devant la faible mobilisation du monde de la psychiatrie, alors qu’a débuté, hier soir, le débat au parlement sur « la réforme de l’hospitalisation sous contrainte », question centrale dans la prise en charge de la folie ?

Hier après midi, ils étaient en effet quelques centaines à manifester devant l’Assemblée, à l’appel du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, qui avait pourtant lancé récemment une pétition contre ce projet recueillant plus de 20 000 signatures. Certes, on pourra dire que, selon les chiffres officiels, près de 40% des services de psychiatrie ont été affectés par une grève, mais soyons honnêtes, le résultat est franchement décevant.

Pourquoi le cocktail ne prend-il pas, au-delà d’un certain cercle ? La société est-elle devenue à ce point indifférente à cette question ? Ou bien, n’y a-t-il rien à attendre d’un milieu de la psychiatrie qui — à force d’avaler des couleuvres et d’avoir la tête dans le guidon —, n’est plus en état de porter le moindre débat social ?

Car, aujourd’hui, le grain de sable est un rocher. Ce projet de loi ébrèche le secret médical, il instaure une usine à gaz dans les prises de décision, il déresponsabilise tous les acteurs, il est empreint d’une philosophie de soins réduite à la seule prise de médicaments, il banalise la contrainte alors que celle-ci est une transgression historique dans l’histoire de la médecine, il instaure une sorte garde à vue sanitaire, durant laquelle, pendant trois jours, le patient est hors de tout regard, un délai pire que dans une garde à vue normale. Face à cela, quelques centaines de gens pour manifester.

Peu après, en début de soirée, le débat a commencé au parlement, devant une vingtaine de députés. On a entendu, tout et son contraire. La secrétaire d’État à la Santé Nora Berra a estimé que la réforme de l’hospitalisation sous contrainte était « équilibrée et nuancée et équilibré ». Le rapporteur UMP Guy Lefrand a dit la même chose, tout en lâchant des chiffres sortis de nulle part : plus de 20% de la population sera un jour atteinte par un trouble mental. Ah bon… Le ministre de la Justice, Michel Mercier, a estimé que la réforme, dans son volet judiciaire, représentait « un défi » pour l’institution judiciaire. Le député PS Serge Blisko a déploré, lui, un « projet bancal » et « inapplicable », évoquant « une surenchère sécuritaire » dans un contexte de « crise de la psychiatrie publique ». Quant au député socialiste, Jean Marie Le Guen, il eu le mérite de s’énerver, hurlant que ce projet n’était même pas sécuritaire, ne procurant sécurité ni au patient, ni à la société : « Ce texte est une honte ».

Éric Favereau »

La veille, Éric Favereau écrivait dans Libération :
"Quant aux députés socialistes, ils sont aux abonnés absents, ne se rendant compte ni de la mobilisation de toute la psychiatrie française ni de l’enjeu pour les libertés individuelles.".


Publications

Derniers articles publiés

Agenda

<<

2020

 

<<

Janvier

>>

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
272829303112
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Sur le Web

6 avril - Une nouvelle charge virale pour les libertés fondamentales

6 avril - Notre lettre ouverte concernant la situation des enfants pendant l'état d'urgence sanitaire

3 avril - Fichier HOPSYWEB, notre communiqué commun

3 avril - DATAJUST : notre courrier à la ministre de la justice

3 avril - Pendant ce temps-là, en psychiatrie…

2 avril - Sars Cov 2 : la répression passe, la santé trépasse

2 avril - Les droits de l'Etat doivent préserver l'Etat de droit

1er avril - COVID-19 en prison : des mesures gouvernementales insuffisantes

30 mars - Notre vade-mecum sur vos droits pendant le confinement

27 mars - COVID-19 : recommandations du CGLPL relatives aux établissements de santé mentale

27 mars - Réponse à Mme Wonner, co-rapporteuse de la mission parlementaire sur la psychiatrie

26 mars - Ordonnances justice : la gestion des stocks vaut bien de confiner les droits et de sacrifier la santé des personnels

26 mars - le droit durant la crise Covid19

25 mars - Arrêt n°271 du 04mars 2020 (19-24.080) - Cour de cassation

25 mars - Arrêt n°270 du 05 mars 2020 (19-23.287) - Cour de cassation

25 mars - Arrêt n° 176 du 4 mars 2020 (19-14.269)

25 mars - Covid-19 : notre courrier à la ministre

25 mars - Communiqué commun : Je reste confiné, je limite la propagation du virus

25 mars - Etat d'urgence sanitaire : première analyse !

23 mars - L'USP soutient ce communiqué écrit par des responsables du champ psychiatrique : Tous solidaires contre l'épidémie du Covid-19

18 mars - Prisons, centres de rétention : il y a urgence à réduire l'enfermement dans ces lieux non conformes aux mesures sanitaires

18 mars - Respect des mesures de confinement au ministère de la Justice, notre courrier commun

17 mars - Situation sanitaire des prisons et centres de rétention administrative : le CGLPL demande la prise de mesures pour la protection des personnes privées de liberté

16 mars - Activités du CGLPL dans le cadre de l’épidémie de coronavirus

13 mars - Une couronne pour Macron ?